Publié par : xavier bordes | 16 janvier 2019

Coïncidences, dites-vous ?


Coïncidences, dites-vous ?
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Il arrive de minuscules énigmes comme cette
petite fille aux yeux clairs qui attendait à Opio
chez le boulanger où nous faisions la queue…
Un être tellement gracile, angélique, ravissant
que son père la couvait des yeux avec fierté…
Ma foi c’était la même devant moi ce soir chez
mon boulanger rue des Pyrénées ; intriguée
elle m’a observé longuement d’un oeil pensif :
que faisait ici ce personnage qu’elle avait déjà
vu quelque part ? Elle nous avait dit s’appeler
Adèle, je lui ai donc dit Bonsoir Adèle… Son père
un instant surpris m’a reconnu. Nous nous sommes
souhaité une bonne année et tout ce qui convient.
(Décidément ma capacité de création du réel
devient paresseuse, si maintenant elle se contente
de me resservir les visages d’inconnus de jours passés !)

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Publié par : xavier bordes | 16 janvier 2019

Paix peau de chagrin


Paix peau de chagrin
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Le ciel d’hiver à travers les ramilles nues du bouleau
où reposent à divers étages des colombes somnolentes
le ciel d’hiver est d’une froide beauté à peine
traversée de quelques traits floconneux d’avions
Comment pareille sérénité est-elle possible ici – on dirait
que toute la paix du monde s’est recroquevillée ainsi
qu’une feuille morte et rétrécie juste à notre jardin
car sitôt qu’on allume le premier écran venu
ce ne sont qu’images de combats avec vacarme ad hoc
insurrections de populace avec cocktails Molotov,
immeubles entiers qui s’effondrent en nuages de poussière
terroristes touristicides mitraillant des hôtels lointains,
plages paradisiaques dévastées par des tsunamis
ou les exactions de factions dissidentes en guerre civile
Pas la moindre nouvelle heureuse dans ce magma sanglant
Pas un moment de calme et de silence nulle part
excepté ici dans notre jardin où le seul manifestant
vêtu d’un habit jaune qui fait le pied de grue au milieu
des pins, des lauriers et des rosiers flétris, est le soleil.

Publié par : xavier bordes | 15 janvier 2019

Églogue en sabots…


Églogue en sabots…

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La campagne avec des petits champs carrés comme un plaid écossais,
avec ses haies de viornes et de noisetiers, chèvrefeuille et sorbiers,
ses étangs dont les miroirs trouent de ciel improbable les prairies
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Celle-là même qui disparaît, donnait au paysage un aspect rassurant
cet aspect humain, apprivoisé, d’une complicité avec la nature
dont s’accomodaient bien quelques poignées de vaches pacifiques
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Les unes pâles parsemant le vert ainsi que blocs de roche affleurant
D’autres rousses ou noires couchées dans l’ombre d’un arbousier
Il faut scruter sous l’arbuste avec insistance si l’on veut les entrevoir
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Telle, extatique et la queue levée se concentre pour un arc argenté
ou pour un soulagement plus dense, plus sombre et dénué de honte
qui devient aussitôt le rendez-vous de mille mouches d’or vert
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Liserons des buissons en été, colchiques des herbages d’automne
Perce-neiges et primevères d’avril, corbeaux sur les neiges d’hiver
Les saisons au-dessus des hameaux clairsemés, j’ai connu le temps
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où elles nous survolaient ainsi qu’une heureuse théorie d’archanges

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Publié par : xavier bordes | 15 janvier 2019

Un coup de blue’s d’Ezra


Un coup de blue’s d’Ezra
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Que c’est compliqué de grandir !
On commence à se heurter au plafond
des interdits sociaux plus ou moins
fondés, au souci naturel des parents
de faire de vous un enfant « bien élevé »,
à l’injustice de règles incompréhensibles.
« Flap-Jack et moi – on se fait tout le temps
gronder par les grands… » confie Ezra
à sa Nona Aïlenn. « Pourtant on essaye
de faire tout bien, tu sais Nona ! Et les grands,
ils sont grands et plusieurs. Et nous deux
on est petits et tout seuls. Et Flap-Jack,
mon lapin, il est encore plus petit que moi.
Alors je trouve que si on nous gronde
tout le temps, ce n’est pas juste. Si Papa
et Mummy étaient aussi petits que moi,
ils sauraient ce que ça fait d’être grondé
parce qu’on n’a pas faim et qu’on veut
regarder un cartoon sur l’I-pad… Les parents,
c’est fatigant, même quand on les aime ! »
Il se jette au cou de sa grand’mère, hume
un long moment le parfum de ses cheveux
puis rasséréné, le visage souriant, retourne
jouer aux dérapages avec son tricycle.

 

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Monsieur Flap-Jack

Publié par : xavier bordes | 15 janvier 2019

Circonstances natives


Circonstances natives
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Coucou aux ailes d’oxygène, le Phénix au-dessus de la mer se déploie pour que l’innombrable – vagues ou frondaisons des forêts – recueille ses œufs de lumière.
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Debout face à l’horizon, avec le vent obsédé par la blondeur de ses cheveux et le troupeau de la houle prosterné à ses pieds, Aïlenn anadyomène ruisselait de soleil.
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Lorsqu’en un éclair d’éternité, un être humain et le halo du mystère coïncident, fugitivement surgit une intuition dont les Anciens tiraient leur pressentiment du divin.
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Habitués à vivre depuis leur naissance au milieu des dieux, les humains les voient partout sur les choses briller par leur absence, comme les cétoines qui se cachent dans les roses.
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Lorsqu’on veut ajouter, à cause d’une obscure foi peut-être, sa propre création à ce qui existe, il est essentiel de s’attendre à ce que rien ne se passe de la façon que l’on avait présumée.
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En poésie, éthique ou philosophie n’existent pas ou sont au mieux subalternes, comme ces rubans dont la teinte a pâli au soleil. La tonalité majeure du poème est de constat.

 

 

 

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Publié par : xavier bordes | 15 janvier 2019

Échec à la Reine Noire


Échec à la Reine Noire

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Quelle difficulté j’éprouve à comprendre ces êtres qui brillent de toute la suffisance de leur insuffisance !
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À ceux qui écrivent pour exprimer leur vision des choses, je réponds que j’écris pour employer le langage à cerner l’inexprimable, au point qu’il soit inutile d’en transcrire l’évidence.
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Que la mer dénonce les écueils inapparents par une éclosion d’écumes.
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À travers ma poésie, j’ai tenté d’obliger l’invisible à engendrer l’inapparent. Ainsi l’explorateur cerne une région dont nul ne savait qu’elle existât, et la voici désormais en blanc sur les cartes.
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Savoir qu’on ignore et ignorer qu’on ignore ne sont pas une et même chose.
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Même si le manteau de neige a tout recouvert ou presque, il reste un monde sous la neige, en attestent l’imagination et la mémoire, pour qui malgré l’hiver le moindre indice demeure un repère…
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Quel étrange souvenir que celui d’avoir vécu !

 
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Publié par : xavier bordes | 14 janvier 2019

Fontaine fantasque


Fontaine fantasque
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Ce qu’on tente de léguer ressemble à l’eau d’une source qui, recueillie dans nos deux paumes réunies en coupe, malgré tous nos efforts nous file entre les doigs tandis qu’on la rapporte, et il en reste à peine une gorgée à l’instant où l’on tente de désaltérer les autres, qui attendaient beaucoup de nos mains..

Mais pourquoi ne point leur indiquer directement le sentier qui mène à la source ? Ou bien les y conduire soi-même ? Ah… C’est que cette source, un seul peut y accéder, elle est intime à chacun. Le sentier en est occulté aux regards du reste des humains. Si théoriquement chacun posssède sa source, où nage son étoile, encore faut-il en découvrir ce que les ésotéristes appellent la porte.

Un solstice d’été, sous les signes du Quatre et du Sept, du Un et du Neuf est donné aux fils de la mer, ces boccaces dont la pince droite écrit sur le sable encore humide, lorsque la lune a retiré un moment sa nappe aux brillants replis et broderies luminescentes.  La porte est refusée, dirait-on, à la majorité assoiffée… Mais les crabes, eux, entrent et sortent facilement.

Raison probable pour laquelle ils finissent à la casserole ou sur le gril ; et rougissent de l’ardeur que la société environnante met à les cuisiner. Or comment avouer un itinéraire que l’on connaît à peine soi-même ? Comment guider ses semblables vers une fontaine que l’on ne trouve pas quand on la cherche – mais trouve à l’improviste sans l’avoir cherchée !

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Publié par : xavier bordes | 14 janvier 2019

Rue de la Lune


Rue de la Lune
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Petit chien à pattes courtes
le poème trottine tenu
en laisse par la Muse callipyge
aux pieds rapides Ne m’oublie pas
Ne m’oublie pas Voyez-le – un peu
ridicule et attendrissant qui s’essouffle
et de temps en temps stoppe des quatre,
par besoin de faire une image
en laquelle se reflètera le monde
avec ses cités ses campagnes ses forêts
et son lumignon tout au fond du bleu !

Publié par : xavier bordes | 14 janvier 2019

Au pays des images pures


Au pays des images pures
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Il se promenait au pays des images évidentes
De celles qu’aucune télévision ni aucun film
ne montreront jamais, pas davantage qu’on ne peut
restituer vraiment le bruit des lames qui vont
crasher en écumes leurs échos dans la Grotte de Fingal
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A beau être poème qui vient de loin – élan doré
comme s’il avait suivi la rotation du jour autour
de la boule du Scarabée ! Continents contenus
par des profondeurs bleues constamment en quête
de limites infrangibles Ha ! L’odeur des embruns
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et la résille humide comme une toile d’araignée
qui se pose sur notre face au détour d’un sentier
au fond duquel une aube à crête de coq vient
à notre rencontre ! Les basses branches des mélèzes
pareilles à des manches flottantes aux longues franges
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de leurs doigts verts grattent les cordes d’argent de l’air
ainsi qu’autour d’un feu une réunion de trappeurs 
qui chantent en choeur une complainte du Far-West…
A beau poétiser qui vient de loin ! Mais est-ce mensonge
ce langage malhabile qui s’élance au devant de l’aurore ?

Publié par : xavier bordes | 14 janvier 2019

Débordé


Débordé
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Seul contre tous
les ardents livres de poèmes que je reçois
je n’arrive pas à les lire tous
et je redoute toujours
de manquer celui qui détient en lui
la prochaine clef du Paradis

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