Publié par : Xavier Bordes | 26 octobre 2020

Vieux souvenir de Sancti-Petri


Vieux souvenir de Sancti-Petri
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Opalescente lune dont la lumière
envahit un buvard de nuage déchiqueté
tu attires hors de son refuge de sable
le boccace à la pince hypertrophiée
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Il parcourt de biais l’estran d’où le flot
s’est retiré pour un moment laissant
ainsi que des regrets les zébrures
de brillants ripple-marks où s’agitent
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mille vies minuscules et détails nutritifs
que le biaiseur aux yeux pédonculés
ramènera jusqu’à son trou alors qu’au loin
reviennent au galop les chevaux de la mer
.
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Publié par : Xavier Bordes | 26 octobre 2020

Tout n’est peut-être pas perdu


Tout n’est peut-être pas perdu
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Sans doute existe-t-il des choses merveilleuses sur cette terre      je pense à la voix d’Aïlenn      qui m’évoque au téléphone les inflexions des sylphes cachés dans les haut-parleurs d’aéroport
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Ou encore à la petite fille qui      jusqu’aux épaules immergée dans une mer de marguerites       ne savait que choisir dans cette profusion       et qui s’empressait avec de charmants petits cris de plaisir
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de cueillir et cueillir autour d’elle comme si       tout d’un coup le miracle immaculé risquait de s’envoler        pour ne lui laisser plus qu’un champ verdâtre       morne retour à la réalité
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Il y a le soleil radieux sur les coupoles dorées des cités       les terrasses des restaurants pleines d’amis qui discutent bruyamment       par dessus le tintement des verres et des fourchettes
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Il y a le garçonnet aux jambes mal assurées       qui s’aventure sur le chemin boueux malgré ses jolis souliers bleus      et qui les claque dans les flaques      avec une joie iconoclaste qu’il ne revivra jamais
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Il y a ces yeux fermés dans un visage pur       illuminé par l’attente du paradis       tandis qu’un baiser nous regarde avec les lèvres rose-cyclamen de l’Amour        et que notre âme s’enfle spinnaker
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poussé par le mistral vers le grand large où       parmi le poudroiement des aurores fauves et vertes       des midis azurés       des crépuscules gorge-de-pigeon      l’anneau d’une Nuit argentée luit comme un atoll…

Publié par : Xavier Bordes | 25 octobre 2020

Entre taons et temps


Entre taons et temps
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Sous le pommier dans un cercle d’ombre
l’alezan qui dort debout harcelé par les taons
se gifle les flancs de la queue secoue sur
ses yeux sa crinière noire et sa robe frissonne…
Sans doute lui faut-il une incommensurable
patience – songeais-je l’observant à l’heure
où je m’en retournais vers un après-midi d’école –
pour supporter d’être ainsi tourmenté en dormant
Et j’en ai gardé depuis dans mon coeur la leçon
.
me résignant à être interrompu constamment
dans mes rêves et houspillé par les mille dards
des temps furieusement agressifs que nous vivons

Publié par : Xavier Bordes | 25 octobre 2020

L’ouroborode boucle son Zéro


L’ouroborode boucle son Zéro
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Ce long mal de tête       cruelle douleur qui persiste à travers les années       m’évoque à chacun de ses retours       la féroce beauté de la Sixième en La mineur de Mahler
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Le corps entier saisi d’un intense frisson de silence       je retourne dans ma mémoire suivre en fermant les yeux       les passages de la partition qui ne se sont pas effacés       au fil des ans
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Tous mes documents et mes livres concernant Mahler       et une foule d’autres musiciens ou peintres         sont partis à la décharge après la disparition de mes parents        quand l’univers
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qui fut le mien       a été contaminé par une folle folie d’autodestruction      tsunami engloutisseur des vestiges d’une fraction de ma vie      lequel m’apprit ainsi que ce serait bientôt comme si je n’avais jamais existé

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Publié par : Xavier Bordes | 25 octobre 2020

« À la ramasse » – comme on dit !


À la ramasse – comme on dit !
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C’est dimanche Les trottoirs mouillés
sont encore vides ou presque
excepté quelques feuilles jaune-safran
sur lesquelles le pied glisse ici et là
au risque de se rompre au minimum
le coccyx
.                         et davantage si affinités
.
Je croise une ou deux vieilles personnes
masquées et le regard gris-plastique
où rien ne se lit qu’une sorte d’informe
brouillard de souvenirs pulvérisés
Elles se déplacent avec canne et peine…
Sans doute claudiquerai-je moi-aussi
.
d’ici peu avec ces épaules voûtées
sous le manteau démodé de laine
pisseuse qui n’a plus depuis longtemps
connu l’odeur et les effets du « pressing »
Un religieux – mais qui ? – prévient : il est
plus tard que tu ne penses – pourtant
.
d’aussi loin dans ma vie que je me souvienne
je me suis toujours dit comme le Lapin
d’Alice au Pays des Merveilles que j’étais
terriblement en retard au rendez-vous de vivre
et qu’il était encore plus tard que plus tard !

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Publié par : Xavier Bordes | 25 octobre 2020

La Mer des naufragés


La Mer des naufragés

                                                         à la mémoire d’Alexis Zakythinos

Elle vient et revient s’efforçant d’éponger
le reflet du soleil levant sur la frange mouillée
de la grève où comme par jeu se posent
puis revolent et se reposent hors de portée
du liseré d’écume quelques oiseaux blancs

( La Mer que depuis Rome on disait Nôtre )
.
Cette crête-ci est d’une lame qui nous vient
de Crète Celle-ci d’Égypte ou d’Italie cette autre
du Liban peut-être à moins qu’elle n’ait pris
naissance à Carthage ou bien en Grèce au Cap Sounion
qu’invisible en son temple ruiné toujours habite
.
( Ô Mer qu’à Mycènes on disait Thalassa… )
.
le Barbu au trident surveillant son troupeau
de dauphins échevelés qui dans une clarté
de menthe chevauchent les flots jusqu’à l’horizon
tandis qu’Amphitrite au fond de l’abîme
pour le compte du dieu recense le nombre des morts
.
( Ô Mer qu’en face on nomme Albahr’almutawasit’ )

 

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2015-2020

 

Publié par : Xavier Bordes | 24 octobre 2020

Ordinateur


Ordinateur
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Le temps s’effrite
ainsi qu’une libellule desséchée
entre mes mains (invisible
pulvérulence) et sur mon clavier noir
efface les petites lettres
mais je m’en fiche
je sais où elles sont
alors je continue à recopier
mes brouillons en aveugle
toujours surpris de voir
s’aligner sur l’écran
des phrases magiques
qui m’enchantent à lire
parce que je n’en suis
– il me faut bien l’avouer –
aucunement l’auteur !

Publié par : Xavier Bordes | 24 octobre 2020

Frère de la Côte !


Frère de la Côte !

Rendez-moi – airs de mer –
l’ample respiration des strophes de mes jeunes années
celles dont la vague successive déposait
à mes pieds de blanches jonchées
qui sentaient l’iode et la verveine….
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Bien entendu rien ne me sera rendu
Au fond de moi n’existe désormais
qu’un océan immatériel du bleu-acier
dont miroitent les flots qui cernent Tuonela
.
Insensiblement s’enfonce dans ses abysses
un entier  J a d i s  de pensées irréalisées
sinueuses algues fossilisées
pareilles à des milliers
de drapeaux noirs où flageole insolemment
sous un crâne hagard une croix de tibias…

Publié par : Xavier Bordes | 24 octobre 2020

Pour garder le coeur…


Pour garder le coeur…
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Pour garder le coeur à la poésie
dans la rue quand je sors je ne prête attention
qu’aux petits enfants
ceux qui sourient dans leur poussette
à moi – ou peut-être aux anges
.
Ce n’est pas tant qu’ils représentent
à mes yeux l’avenir de l’humanité, non,
plutôt ce qu’est l’être humain
quand il est encore proche de son origine
tel un poussin qui sort de son œuf
ou la fleur de mimosa des glaces de janvier
.
Bien sûr ma mémoire déploie alors
devant mon regard intérieur
les images de tous ceux que j’ai vu
naître ou grandir Tant d’images
qui n’appartiennent qu’à moi
Tant de jolis secrets intransmissibles :
.
On voudrait parfois stupidement
que nos bambins n’aient jamais quitté
ces temps de leur prime jeunesse
lorsque chacun d’entre eux était un
soleil miniature au sein d’une éclatante
grappe de mimosa
dans son écrin d’invincible verdure… 

Publié par : Xavier Bordes | 24 octobre 2020

Octobre fatal


Octobre fatal
.
Du grand arbre du Temps
une minute d’or
se détache
.
et tombe dans l’Oubli
.
(Ni la première
ni la dernière…)

 

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