Publié par : xavier bordes | 17 février 2018

Garde pour toi…


Garde pour toi…

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Garde pour toi la solitude émanée du passé

L’image de Serge Lifar assis près de l’entrée

dans la pénombre d’une chapelle à Venise

Après tant d’autres hasards inexplicables

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Déjà l’injustice du monde se dévoilait sang

et fleurs pourpres au cimetière marbré de l’île

Quel souci d’ordre réglait les rangées de cyprès

et quel clapot de mer dans le désordre de ton âme !

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Le soleil finissait fastueux comme en sa galère

un doge qui se penche afin de jeter son anneau

qu’un éclair soude aux lumières approchantes

de la houle en retour du naufrage de l’horizon

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Publié par : xavier bordes | 16 février 2018

Deux familiers à plumes


Deux familiers à plumes
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Il n’existe pas vraiment de solitude si l’on
vit dans l’amitié des oiseaux
Il n’ont aucun obstacle à vous suivre partout
ce dont le moindre nuage empêche la lune
qui tente de vous garder à l’oeil par la vitre du train
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Familiers se relaient au jardin l’un volubile
et l’autre silencieux merle et rouge-gorge
Alternativement et disons métaphoriquement
mon coeur s’identifie à l’un ou à l’autre
selon que mon humeur ou s’exalte ou s’éteint
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Tantôt en virtuose je vole de poème en poème
Je tire des vers au jour comme des lombrics
Et tantôt blotti sous ma haie serrant immobile
une branchette je contemple d’un œil fixe
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de bouddha-passereau le passage des nuées
et la folie universelle incarnée par les pies
les freux les tourterelles toujours en amour
bref ces vivants chargés d’une impatience
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électrique et bruyante que je ne leur envie pas…

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Publié par : xavier bordes | 16 février 2018

Diaprures


Diaprures
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Pendant que s’étripent dans leur détresse        divers peuples plus ou moins lointains les uns riches les autres misérables        toi poète insignifiant        le nez collé au vitrage de ta chambre        observes l’ange-paon dont insensiblement        par-dessus les toits        s’illumine peu à peu tout le ciel
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C’est depuis le plus anciennement que tu t’en souviennes        la première et la principale des joies de tes jours        par la fenêtre de cuisine au village        chez tes parents        quand une aube gorge-de-pigeon bleuissait le clocher aux tourterelles et les crêtes des Maures en direction de la mer
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Tu sentais en cette résurrection de lumière        chaque fois le retour d’une puissante et presque insensée sensation de naissance        qui envahissait l’étage ouvert à tous les frais courants d’air du matin        embaumés de la proximité des pins pignons        des bambous        des tuiles encore humides
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sous lesquelles         vifs comme sous l’auvent des laines les navettes quand d’un coup sec les tisseuses de basse-lisse tirent sur la poignée du lanceur         martinets sibilants et bifides hirondelles revenaient inlassablement        Et mon regard s’éparpillait à les suivre dans le bleu profond de l’altitude
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Ah les plus beaux et les plus sûrs moments de cette vie        comme ils reçoivent du passé une sorte de fluorescence divine        qui émerveille ce qu’il reste en nous de nos visions d’enfants        lorsque aujourd’hui nous enchante avec le soleil revenu        l’arc-en-ciel d’une éclaircie au-dessus des eaux
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Et que le parterre de mouettes blanches toutes identiquement tournées vers l’est        immobiles autant que des statuettes de marbre        attend pour quitter les galets encore luisants de pluie        et s’essorer vers leur aérien vertige de sentinelles        que le dernier nuage se soit magiquement évaporé

 

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Publié par : xavier bordes | 16 février 2018

Poème héliotrope


Poème héliotrope
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Pour combattre les heures de noire mélancolie
et cette sorte de poisseuse mélasse dont elles
épaississent l’air jusqu’à parfois l’irrespirable
je choisis de placer dans mon ciel un soleil
qui tourne sur lui-même comme un feu grégeois
que l’eau la plus sombre ne saurait éteindre
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J’y ajoute comme d’habitude quelques pins
disposés par trois ainsi que dans une encre
de Ni-Tzan – mais sur un îlot méditerranéen
qui regarde l’horizon au fond de mon regard
Puis un pêcheur sur son pointu petite silhouette
coiffée d’un pétase amusant et gaule courbe
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Déjà les flots s’éclairent et de mer obscure
l’on passe au lapis-lazuli d’Égypte puis à la
turquoise transparente ma couleur préférée
Je vais à la cuisine me faire un café qui prend
soudain la lumière er reflète la façade en face
Pour la muse de mes pensées que j’embrasse
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le coeur alors léger je verse une seconde tasse
comme si le froid de l’hiver d’un coup au fond
de moi s’était effacé devant la tiédeur de l’été…

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Publié par : xavier bordes | 15 février 2018

Duel vital…


Duel vital…
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Qui me croira si je dis, dans un élan
mystérieux de lucidité, que le vrai poète
sera toujours celui qui s’efface
derrière l’évidence étrange de ce qu’il
s’est senti contraint par un invisible
chuchoteur posé sur son épaule gauche,
tel un perroquet vert sur celle d’un pirate,
…contraint, disais-je, de tracer en ferraillant de la pointe
contre un spectre blanchâtre et sans épaisseur
qui n’aura cessé de dérouler son suaire
durant chaque jour d’une vie ordinaire
après laquelle prendra fin le long duel silencieux
faute de combattant…

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Publié par : xavier bordes | 15 février 2018

Les roses du poème désert


Les roses du poème désert
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Chevrettes, je voudrais, capricieuses chevrettes
broutant de leur sagesse barbichue les mots de mon poème,
que soit le sens qui gravirait les superstructures
grammaticales aussi prestement qu’on voyait
de petites biquettes à l’oeil fendu grimper aux arganiers
des étendues ocreuses, sur les pistes du sud marocain
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Que de bleu là-haut par dessus les touffes de feuilles
parcimonieuses et que de bleu là-bas où commence l’océan
qui plus loin au désert prend l’allure trembleuse
d’un mirage La nuit va l’éteindre et ne laissera que les
hissements cristallins des dunes en transhumance
dont les bosses sous la lune et les voix murmurantes
.
et déblatérantes évoquent un bivouac de chamelles assoupies
alentour des khaïmas noires où somnolent les nomades
Tel est pour certains le poème qui fomente dans sa nuit
des roses de silice promises à, demain, éclore avec le vent
Les mêmes roses que glaneront les gens du matin Les mêmes
que l’on s’échange de main en main depuis l’aube du monde

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Publié par : xavier bordes | 15 février 2018

Intuition troublante


Intuition troublante
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Pourquoi penser en ce moment aux fins plumets des graminées
qui balaient le pare-brise de l’air pour y essuyer le pollen solaire
au point que tu finis par trouver à ce monde une délicate beauté
alors que si l’on y réfléchit en profondeur tout y est abominable
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Serait-ce que pareil au nid des alouettes sous les hautes herbes
il y aurait un discret paradis caché sous l’ébouriffante horreur
de ce monde Un paradis minuscule réparti en quatre œufs bleus
contenant chacun l’un des nombres quantiques ou, que sais-je,
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peut-être bien la Terre entière qu’en me promenant je développe
sous mes pas avec son tiède parfum d’humus et de végétaux
ses milles vies, silencieuses ou rivalisant de vocalises joyeuses
dans les arbres ou les buissons et partout où se portent mes sens
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au point que je finis par trouver à ce monde une délicate beauté ?

 

 

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Publié par : xavier bordes | 14 février 2018

Primevères


Primevères
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Au supermarché sont arrivées les barquettes de primevères
à des prix défiant la concurrence
On se demande d’où elles nous arrivent – probablement
d’un pays plus ou moins tropical où l’on emploie
des enfants que ne happe aucune école
Tous les jeunes des cinq continents n’ont pas
le chance de se tourner les pouces dans des classes
dénuées de toute discipline où ils s’ennuient
à force de ne rien vouloir apprendre…
Le plus grave est qu’avec les « réseaux sociaux »
la télévision les touristes étrangers
une majorité d’enfants qui ne savaient pas
qu’ils étaient malheureux dans leur pays
savent à présent qu’ils le sont
et ils trouvent évidemment leur sort injuste
en découvrant les témoignages d’un monde
qu’ils n’auraient jamais imaginé
pareils à des petits campagnards de notre Moyen-Âge
qu’on aurait emmenés – mettons ! – au cinéma
par un jour de ce mois de février où les supermarchés
vendent des barquettes de primevères
pour un prix inférieur à celui d’une seule cigarette !

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Publié par : xavier bordes | 14 février 2018

Paradoxe vital


Paradoxe vital
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Il ne nous reste que le temps sombre et froid
La pensée navrée des sans-domicile dans les rues
On s’efforce d’en désobséder notre esprit car
l’on sait que l’on n’y peut pas véritablement
remédier, que la misère est comme le tonneau
des Danaïdes qui se vide aussitôt qu’on le remplit
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La vie humaine se multiplie si vite qu’elle rétrécit
la planète qu’elle consomme – Et ce processus
échappe à la raison par conformité au programme
génétique de nos aïeux qui perdaient en bas-âge
trois enfants sur quatre ou cinq Et nous aujourd’hui
avec notre humanisme médical en sauvons neuf sur dix
.
Sans doute est-ce ainsi – d’après ce que me disait
mon Père – que j’ai survécu en 1944 alors que
si j’étais né seulement cent ans plus tôt mon premier
soupir eût probablement été le dernier ou peu
s’en faut Nombre d’autres enfants de ce siècle sont
dans le même cas tandis que la nature – qui se sent
.
débordée – prépare sans pitié des virus et autres
germes de plus en plus invincibles afin de décimer
une masse d’humains suffisante pour garantir
la survie du reste de la trop dévastatrice Humanité !

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Publié par : xavier bordes | 13 février 2018

L’Incompréhensible


L’Incompréhensible
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Me venaient saugrenues à six ou sept ans
des idées bizarres Que pensent
les pépins confinés dans le noir odorant d’une pomme
ou d’une poire Qui invente les dessins du givre aux carreaux
Pourquoi le lézard a la queue qui repousse
et pas la vache ou le chien
Est-ce que la glace est de la pierre ou de l’eau
Le mercure a-t-il un jour fondu sans pouvoir regeler
Quand le pin laisse échapper des larmes
de résine a-t-il du chagrin dans son coeur de bois
Pourquoi un ballon de foot ça rebondit
.
Jamais je n’ai questionné les grands
sur de tels sujets je pressentais intuitivement
qu’ils allaient se moquer de moi
Même les copains n’ont jamais appris
que je m’interrogeais sur ce genre de choses
J’ai parfois obtenu des réponses de la vie Souvent non
Alors comme tous les enfants devenus
grands à leur tour, j’ai cessé de me poser des questions
durant des années et des années
.
Jusqu’à l’âge de poésie où toutes
– et bien d’autres depuis – sont revenues
fraîches comme la bouteille de vin doré
que les moissonneurs ont laissée en laisse
d’une ficelle au lit du torrent
transi par la fonte des neiges
et qu’ils retirent de l’eau verte
le soir pour trinquer une fois leur travail terminé
alors que les corbeaux rougis par le couchant
viennent en vols rauques picorer dans les éteules

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