Publié par : Xavier Bordes | 20 janvier 2020

Ironie du Doute


Ironie du Doute
.
Une lame qui transperce un coquelicot
Spontanément telle est ma vision
de l’interaction entre cité
et poésie 
.
Ne joue pas la révolte
Elle survient toute seule
comme l’orage
qui couche et fane les blés
.
On te dit poète – l’es-tu ?
Qui sait – la laitue aussi
nous présente ses salades
de feuilles vertes
.
De quoi rêver en exil
ce que tu cherches
te vaut-il cette variété
d’ostracisme irrémédiable
.
La poésie qui se veut « engagée »
est certaine en prenant parti pour une
erreur au détriment d’une autre
de se suicider

 

 

 

2018

Publié par : Xavier Bordes | 20 janvier 2020

Marotte de roseau


Marotte de roseau

.                                        à Nancy Gomez

Souvent – sans souci de passer pour givré
hiver comme été il m’arrive de circuler
pour une course éloignée à travers les rues
de Paris – ou d’ailleurs – en jouant de la kéna
comme en ponchos de quatre couleurs font
là-haut sur l’Altiplano les natifs des Andes
.
Il y a dans leurs mélodies traditionnelles
une force en laquelle s’unissent résignation
et résistance – qui pour moi est une leçon
de vie à laquelle je suis sensible depuis
mes plus jeunes années J’admire ces êtres
qui réussissent à tenir le cap de survivre
.
dans un environnement magnifique certes
(avec les Cordillères blanches les Huascaran
les puissants volcans aux neiges vertigineuses)
mais tellement inhumain selon les saisons
quand le vent effeuille les fleurs de chuño
et rebrousse la toison des petites vigognes
.
À moi frileux enfant des rives douces de la
mer Méditerranée (côté Occident privilégié)
il arrive souvent d’aller marcher à travers
le dédale des rues de Paris en jouant tel un
natif des Andes quelque huayno à la kéna
pour ne pas oublier de bien respirer ma vie…

.

Publié par : Xavier Bordes | 19 janvier 2020

Songerie d’un joyeux dimanche


Songerie d’un joyeux dimanche
.
Un nuage effilé s’esquive derrière l’immeuble voisin
Il a sans doute honte d’être rose dans un ciel uniformément bleu
Il me semble que macère la même honte
au fond de l’abîme mental de ma chair matérielle
mais il m’est impossible – à moi – de me défiler…
L‘azur venteux ne le supporterait pas
et quand je serais autorisé à m’en aller
ce serait avec interdiction de revenir…
On ne recompose pas un ensemble de milliards
de cellules tel que celui qui aura un temps
porté mon nom – paix aux cendres qu’il sera…
Je n’avais pas imaginé naguère encore
à quel point il se révélerait non moins épuisant
qu’irritant de vivre au sein d’un monde qui s’est
insensiblement altéré jusqu’à devenir méconnaissable
Ceux qui feignent de s’y adapter me fatiguent
Ceux qui prônent une éthique qu’ils n’observent pas
m’exaspèrent Ceux qui s‘accommodent du pire
me navrent mais ceux qui comme moi
ne s’accommodent plus de rien et ne font que subir
par lassitude, en attendant – ceux-là me dépriment
et sans surprise je m’inspire un certain mépris…

.

Publié par : Xavier Bordes | 18 janvier 2020

Quatre traits d’une icône


Quatre traits d’une icône
.
Il y avait en elle une forme de versatilité, une logique impossible à appréhender, merveilleuse, qui te faisait mesurer tout ce qui existait jusqu’alors sans elle, mais que tu aurais perdu si tu n’avais pu un jour fatal la prendre dans tes bras et la garder.
.
Sa présence t’empêche à tout instant d’être indifférent au monde. La moindre minute quitte son masque de banalité et devient le portrait incessamment renouvelé de l’exception. De sa foudroyante beauté, elle a depuis le premier jour enchanté ta solitude…
.
Ainsi ai-je appris que blond est le sentiment de mon esseulement, que n’être compris de personne était la revanche de la splendeur à laquelle elle m’avait permis d’accéder. Rien que de particulier entre nous, qu’il fallait hisser au niveau de l’Humain.
.
À la faveur de sa subtile alternance de tendresse et de réprobation, d’espérance et de regrets, de haine et d’amour, je me suis trempé comme acier dans le Tage, et je luis, flexible et tranchant, jusqu’au sein de la nuit qui s’efforce de m’éteindre.

 

.

.

Publié par : Xavier Bordes | 18 janvier 2020

Insoluble intervalle


Insoluble intervalle
.
Après quel gibier au pelage désespérant clabaude ton coeur, ce limier perspicoriace ? Ce qu’il flaire a l’odeur angélique d’un souvenir d’ambre gris. Ce pourrait être un jardin nomade, toison d’oliviers frisés, allées de galets murées dans leur lointain par la mer, trompettes du mistral dans les cannes tronquées et les souches creuses. Les daims et daines au dos tacheté comme des amanites y entraînent leurs faons à brouter les feuilles, les écorces tendres et les bourgeons des halliers. Sous les pampres d’acides lambrusques, nichent sans discrétion les grives musiciennes. Un concert d’érudites – truffé de citations empruntées ! Quant à la piste que vaguement croit détecter ton coeur, elle paraît mener vers la lointaine vitre éblouissante de la tour sud, la plus acérée, d’un haut château qu’on entrevoit outre les mélèzes. Sans doute s’agit-il de la fenêtre qui éclaire, en sa chambre somptueuse, la Belle endormie. Le sauras-tu jamais, puisque le but recule selon la rapidité de ton avance ? Il est plus sage de prendre dans tes bras l’Ambassadrice dont le regard vert contient l’abysse au fond duquel tu vois trembler ce paradis…
.

Publié par : Xavier Bordes | 18 janvier 2020

Du haut de la tour branlante


Du haut de la tour branlante
.
Comment penserais-je autrement qu’il se présente, cet alentour en dégénérescence qui jadis me paraissait si sûr, ferme, inamovible ! Qu’on me tende la main, pour un cil de plus la surprise me ferait fondre en larmes. Au-delà des monts couleur de café que les derniers rayons écrêtent, un là-bas fugitif nous quitte pour toujours. Non sans laisser entre les belles ramifications de l’hiver quelques bribes de désespoir, pareilles à des feuilles recroquevillées, sauvées par l’oubli. À la plus grosse branche une chose rouge s’est pendue, langue ou limace. Un rossignol égaré en fait toute une histoire jonchée d’éclats de cristal. Il faut oser aimer qui, voire quoi, ne vous aime pas. Les fruits de cet amour – mot tellement galvaudé qu’on n’ose presque plus le prononcer – n’appartiennent à personne. C’est à dire à tous. À l’instar de la tiédeur parfumée du vent, de la souplesse embuée des syntaxes au sortir de lèvres désirées. Tout cela en vérité ressemble à de l’abus légitime. Reste-t-il quelques fleurs heureuses ? Le plus frêle pétale de velours mauve me suffirait. Sourions à ce monde, encore incomplètement détruit, avant d’avoir perdu toutes nos dents !

Publié par : Xavier Bordes | 18 janvier 2020

Journalisme


Journalisme
.
Ils ont fait des reportages partout
Les pistes du Mali ou du Taklamakan
n’ont aucun secret pour eux – eux
les Survolants, les Supérieurs :
.
Ils écrivent dans les médias, font
des conférences épiques et filmées
Le public a besoin de chocs émouvants
d’avalanche au flanc de l’Acuncagua,
.
d’escalade parmi les laves du Mauna Loa
ruisselantes d’or et de rougeurs fatales,
de plongées dans des lacs d’acide prussique,
etc. (dont la caméra sort toujours en vie…)
.
Du balcon des studios de rédaction,
ils contemplent le passage des événements
le défilé des politiciens, des célébrités
de tous poils, et de la foule des mortels
.
Ils savent tout de l’écume des choses,
sans presque rien savoir de la réalité,
Ils ignorent que la sphère où ils vivent
entre eux, n’est qu’un cercle de platitude !…
.

 

Publié par : Xavier Bordes | 18 janvier 2020

Blue-note sur le mode angélique…


triton3

.

Blue-note sur le mode angélique…
.
Si l’on entend ainsi que la quinte du loup vibrer la mer – note bleue – dans la spirale de ce triton, qu’à Pompéï les anciens romains avaient nommé «trompette des dieux», c’est qu’il est une figure métonymique de la pensée pour ressaisir le Tout.
.
À bien observer sa blancheur tigrée, l’on y voit dessinés mille runes indéchiffrables, l’écriture de la nature. Ce qui s’y dit est plus obscur que les hiéroglyphes peints sur les sarcophages des pharaons ou les idéogrammes sur ma tasse de thé.
.
Porté contre l’oreille de la Muse – pavillon de nacre rose – il joue son éternel accord-discord ensemble et frais analogue à quelque romance sans paroles, descendue des confins de l’Univers, ce noir illimité où les constellations font pâle figure…
.
Pour un peu, j’y verrais le bégaiement pétrifié d’un poème, évanescence informée en une concrétion de langage par l’effet de la même transparence qui, dans les grottes jamais pénétrées par la vulgarité du jour, distille ses draperies de marbre…

 

Publié par : Xavier Bordes | 16 janvier 2020

Le poème affirme la réalité qui se désolidarise de lui !


Le poème affirme la réalité qui se désolidarise de lui !
.
Tu médites sur la réalité, incapable de la définir. Est-ce tout ce qui de l’univers n’est pas dit, ni n’est pas écrit ? Ce qui n’est pas enregistré, re/présenté ? Ou le contraire ou les deux ensemble ? Ce qui est réel, est-ce uniquement ce qui est perçu, éprouvé, expérimenté ? Alors les illusions seraient du réel, mais encore, qu’est-ce qui n’est pas illusions, mirages, fictions ? Tu discutes sur un micro-événement que tu viens de vivre avec une personne qui l’a vécu avec toi… Et voici que son témoignage diffère du tien, parfois par un écart considérable ! C’est au point que tu as déduit de ce phénomène la conviction qu’il n’y a pas de Réalité, mais des milliards de réalités individuelles non-superposables, parfois approximativement ressemblantes mais à condition de ne pas trop scruter les détails, pour ne pas voir paraître les petites cornes narquoises d’un diablotin ! La seule chose qui est Une, c’est le versant de l’Insaissisable, l’universel Chaos de ce que soutient d’une infinité de façons l’éther odorant de l’Être, présent dans la substance spécieuse de tout ce qui existe à l’instar d’un mensonge ! Autrement dit, de toutes ces choses qui se diluent lorsque l’esprit se focalise sur elles et qui reparaissent avec vigueur juste à côté de ce qu’on a dit ou écrit, dans un ailleurs dont la présence ne supporte pas d’être questionnée.
.

Publié par : Xavier Bordes | 16 janvier 2020

Substance du « réel »


Substance du « réel »
.
Feuille morte serrée entre les pages, d’un livre rarement consulté une lettre, écrite sur un papier fragile et raidi, se détache et tombe… L’écriture extravagante attire l’oeil, un relent de parfum éventé se répand, ancien, démodé, mal identifiable.
.
L’encre épaisse et noire décrit de souples trajectoires, complexes, continues, inhabituelles, entrelacées comme tiges de liserons. Ça parle de choses anciennes, complètement oubliées, de passions défuntes, de rêves évaporés. Une ambiance d’éclipse…
.
Mais aussi, lorsque les yeux brusquement reviennent sur la chambre alentour, sur les meubles que le jour de la fenêtre frappe d’évidence, sur le cendrier qui pue le mégot refroidi et donne envie d’éternuer, sur les lampes-boules en papier de riz, sur les étagères pleines de souvenirs inutiles,
.
mais aussi, sur le bureau avec sa sédimentation de livres à lire, de papiers divers, avec la tasse à thé japonaise de forme bizarre au flanc calligraphié en sosho de poèmes illisibles, avec la douce Astragalizonte à l’éternel geste d’or, – et l’ordinateur noir à l’affût –
.
quel inexplicable, quel convaincant, quel insondable, quel merveilleusement ravageur sentiment de  R é a l i t é  !…
.

Older Posts »

Catégories