Publié par : Xavier Bordes | 13 décembre 2019

De sable et de cendre


De sable et de cendre
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Cette année je ne peux pas écouter
les musiques de Noël Trop de deuils
Cette année je ne suis pas allé visiter
les magasins de cadeaux Trop de deuils
Cette année les cinq derniers mois
sont braise dans ma poitrine Trop de –
Les nuages s’affichent de la couleur
des souvenirs consumés Trop de –
Les arbres du jardin dépouillent leurs
chasubles chamarrées soufre et pourpe
Trop de deuils, vraiment trop de deuils
Même les siècles ruinés s’éboulent
Même le temps sous sa propre meule
se pulvérise en farine noire et grise
Le temps – ce doyen des tueurs en série
Le temps – cet Al-Hassan ben As-Sabbâh !
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Publié par : Xavier Bordes | 13 décembre 2019

Polir un miroir


Polir un miroir
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Ce qui est simple
recèle comme un bel arbre
une complexité
presque infinie
Cette larme en des yeux
d’un vert transparent
est-elle de froid ou de chagrin
d’émotion ou de bonheur
qui sait ? Ce visage crispé
de nourrisson est-ce concentration
effort douleur colère Lui-même
le sait-il seulement et si même,
comment pourrait-il s’expliquer
Ce qui dans la parole ainsi
paraît simple recèle
la complication d’une réalité
presque infinie
ce dont atteste l’écriture
puisque écrire est polir un miroir

 

Publié par : Xavier Bordes | 11 décembre 2019

Un onze Décembre du XXIème siècle


Un onze Décembre du XXIème siècle
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Les trottoirs font leur cinéma
grâce à la bruine complice
Ils changent les feux des vitrines
en nappes d’astres irisés
et les nébuleuses du ciel gris
jonchent le sol de plaques de zinc
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Seules les grandes corneilles noires
en se grattant l’aisselle au coin des toits
s’enchantent de ce temps mouillé
Capuches tirées sur le front
parapluies déployés les passants
hâtent leurs enfants vers l’école
.
Aujourd’hui c’est jour de grève
Un bus sur dix, ni train ni tram ni métro
La désolation à quelques jours de Noël
a vidé les grands supermarchés illuminés
Les caissières se morfondent fatiguées
d’être venues de banlieues éloignées
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Quand on questionne (s’ils consentent
à répondre) les passants impatientés
les uns sont contre, les autres sont pour
malgré les désagréments, tous enragés
fanatiques de leur syndicat On dirait
que le mot Démocratie est une religion
.
Moi je piétine le film trop flou des trottoirs
Mille baisers de bruine complice
feignent de rajeunir mes vieilles joues
qu’éclairent les devantures irisées
Je vais seul tête nue au hasard des rues
C’est ainsi C’est le labyrinthe de ma vie

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Publié par : Xavier Bordes | 10 décembre 2019

L’âme parfaite du Monde


L’âme parfaite du Monde
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Ne regarde plus vers l’île
dont les frondaisons moutonnent
en couronnes de brocolis sur les roches
accumulées par le soleil couchant
et rebattues par la mer
qui traduit en écume les cris
tourbillonnants d’oiseaux effarouchés
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Perdurable et doux lieu de solitude
frangé de plages hérissées de lis parfumés
secoués au gré des airs iodés…
Qu’il serait plaisant après quelques brasses
en compagnie d’une Aphrodite frissonnante
de s’y échouer à côté d’un beau coquillage torsadé
presque enfoui dans le sable de nacre
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Ce serait comme une romance
tissée en mots de nuages rose-corail
qui transmigrent par la fente de l’horizon
à la suite du soleil à la crosse d’or
Et que l’on écoute enlacés depuis le rivage
de l’île casquée de vert au-dessus d’anfractuosités
pourpres inlassablement rebattues par la mer

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Publié par : Xavier Bordes | 10 décembre 2019

« Libre, libre, libre ! »


« Libre, libre, libre ! »
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Peut-être une dernière cavatine de fauvette
dans les roseaux d’un poème de Char
Peut-être ce serait, non le mot de la fin
mais l’effet libre de l’âme animale déchaînée
des exigences austères de la fourberie sociale
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Où l’oiseau babillard désormais ? A-t-il franchi
le feuillolement des flots de Méditerranée ?
Nous laisse-t-il, peuple sans ailes, flagellés
par les roseaux fluides des pluies de novembre
muets et pareils à des sourds transis de silence ?
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Peut-être seulement réfugié, ce mignon avatar
d’Orphée, quelque part en Andalousie ou en Sicile,
reviendra-t-il en mai pondre quatre petits œufs
éclaboussés d’encre qui mériteront leurs treize
jours de couvée pour onze d’éducation et six
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ou sept ans de vie si l’on en croit l’Ornithologie…
On en conclurait aisément qu’à la façon des vers
et strophes d’un poème, la Liberté serait chiffrée
puisque amie de la plume elle anime un langage
qui constamment comme un galet rêve de s’envoler…

 

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Publié par : Xavier Bordes | 9 décembre 2019

Évocation


Évocation
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Le vent s’inspire du vent
pour faire de ma nuit le prétexte d’une chanson
dont il cherche le refrain
dans l’altitude des étoiles
Une musique acérée qui fait penser
à la fraîche révélation d’une feuille de menthe
que l’on vient de froisser entre ses doigts
Elle dit l’amour d’une amante au corps de feu
Enlacement de liane autour d’un tarzan d’opérette
que la beauté à jamais asservit
depuis le jour de la première rose de la Vierge…
Là-bas, la rose blanche, au fond du passé, la rose
parfumée au pied de la statue bleu pastel
un diadème constellé au-dessus du front
et sourire inexplicablement vainqueur
au détour de l’allée du jardin sur la colline
où chaque instant semblait autour de toi

scruter l’enfance exaltée de ton coeur — 

Publié par : Xavier Bordes | 9 décembre 2019

Mimétisme triste


Mimétisme triste

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Ce n’est pas hélas une volée de moineaux

comme celles qui jadis animaient le jardin

de leurs insolentes chamailleries sonores…

Seulement un courant d’air qui soudain

culbute d’un coup un lot de feuilles brunes

qui s’élancent et retombent à quelques pas…

La mort singe parfois les allures de la vie.

Publié par : Xavier Bordes | 9 décembre 2019

« Comme la Lune ! »


« Comme la Lune ! »
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Il voulut être le poème de l’absence de poésie qui persécutait son esprit.
C’était emprunter la piste conduisant à tel épais sous-bois ombreux où disparaître.
Aucune nuit de ses yeux d’Argus n’en pouvait percer les ramifications obscures.
L’insaisissable matière noire éclairait d’une lumière paradoxale ses pensées…
C’était comme si des millions de solitudes avaient pénétré la closerie de son isolement.
Il se parlait, se tutoyait lui-même pour les unifier en une seule fiction d’interlocuteur.
Se sentant comme la Lune quand elle sort du mont pacager les brebis des nuages.

 

 

Publié par : Xavier Bordes | 7 décembre 2019

Shampoing


Shampoing
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Point de beauté à contempler dehors
ce matin, la pluie lave les frondaisons
safran qui ont cet air des chevelures
découragées de blondes dans l’instant
où elles sortent du flot pour regagner
le bord sous l’oeil éblouissant du dieu.
J’ai foulé le trottoir pour aller quérir
certain shampoing à l’huile d’argan
dont a besoin absolument ma douce,
car c’est le seul qui lui plaît entre tous.
Après avoir exploré successivement
quatre ou cinq magasins sans succès,
l’un d’entre eux par miracle en avait
un flacon sur sa plus haute étagère :
un transparent flacon où, langoureux,
lorsqu’on l’inclinait à l’horizontale
s’étirait un or gluant qui ressemblait
au miel d’acacia ou à la térébenthine
de Venise. Et cela formait des ocelles
ou des bulles aux lunules de lumière
qui regagnaient paresseusement et
comme à regret la surface. Un temps
hypnotisé par cette fluide splendeur,
je la contemplais avec l’esprit ailleurs
quand la vendeuse s’est impatientée :
retour brusque au réel ! J’ai payé 4 €
et je suis parti sans mot dire, le coeur
imbu de ces visions d’onctueuse liqueur…

 

 

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Publié par : Xavier Bordes | 6 décembre 2019

Issue fatale 


Issue fatale 

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.                  « Il est rare que le pire ne soit pas certain. » 
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L’un a vu trente six chandelles L’autre onze étoiles
si j’en crois la Sourate Youssouf – dans tous les cas
il est recommandé de garder sa vision pour soi…
Serait-ce alors que nos « frères humains » ne nous
sont pas vraiment frères mais plutôt ennemis jurés
On menace de mort les médecins ou les pompiers
qui tentent de vous tirer de maladie ou d’incendie
On méprise ou l’on caillasse ceux qui protègent
tout en les appelant au secours au moindre ennui
On refuse la sévérité des juges avec les violeurs
les assassins les massacreurs divers mais pleure
parce que les condamnés sont libérés trop tôt
La Terre n’en peut plus de l’humaine engeance
Que sert qu’il naisse d’elle de si beaux enfants
si c’est pour que les adultes fanatiques fomentent
indistinctement l’autodestruction de l’humanité
qu’il s’agisse des bons ou des méchants mais
où, où est le dieu qui « reconnaîtra les siens » ?

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