Publié par : Xavier Bordes | 17 février 2022

Décès de Michel Deguy


16/2/2022… La gorge trop serrée pour aucun commentaire.

 

Métamorphose apollinienne

.                               Au poète de Gisants

Les arbres au jardin sont indifférents
à nos peines et des nuages de fleurs
printaniers y fleurissent comme si
quelque part se préparait un mariage

Le soleil devient flou et sa lumière
se brise dans nos larmes et celles
de la rosée car en secret la nature
poétiquement s’associe à nos chagrins

Ceux qui sont partis ne reviendront
pas sinon au pays de nos souvenirs
Qu’importe le lyrisme déchirant
et sentimental puisqu’il n’y a plus

personne et que nous ne serons
bientôt nous-mêmes que des noms

Publié par : Xavier Bordes | 7 décembre 2022

Navaja (7 décembre 2022)


Navaja (7 décembre 2022)
.
Couteau brillant lame aiguisée
rivale de la pleine lune
Acier de deux lignes gravées
bizarrement comme des runes
.
En Toledo fui forjada
En el Tajo bautizada
Son manche courbe argent et nacre
veut un gitan – pas un pouacre !
.
Aura-t-il servi quelque soir
pour un crime de jalousie ?
À mon retour d’Andalousie
je l’ai caché dans un tiroir.

 

Publié par : Xavier Bordes | 7 décembre 2022

Précipité alchimique


Précipité alchimique
.
Qu’une émotion, telle une risée
qui perturbe les reflets d’un étang,
traverse ta conscience – te voilà
chancelant comme flamme de cierge
dans le courant d’air d’une porte
d’église brusquement ouverte !
.
Dehors le jour éblouit les choses
avant que les yeux s’accoutument
à distinguer la place du village
avec ses platanes et son monument
aux morts de la « Grande Guerre » 
où l’on voit des soldats de bronze
casqués fusil en avant baïonnette
au canon s’élancer à l’assaut… 

.
Sur l’écran de l’imagination alors
surgit nettement ce qui t’a touché
accompagné de quelque phrases
qui ne dérangent pas le silence
recueilli de la pièce – où tu notes
ce qui jusqu’alors n’avait d’autre
.
existence qu’un frisson ardent
te traversant de la tête aux pieds

 

Publié par : Xavier Bordes | 7 décembre 2022

Avant l’oiseau de Nekhen



Avant l’oiseau de Nekhen
.
Il y avait – en une époque
qui se perd dans la brume des « hiers »
accumulés – l’inoubliable odeur
un peu âcre au jardin des spirales
de fumée bleue qui paresseusement
s’élevaient des feux de feuilles mortes
en nous faisant penser à des prières
Les feuilles brunes sur le pourtour
se consumaient d’un liseré doré
puis se recroquevillaient comme
un film en accéléré où se courbent
de petites vieilles que l’humus
appelle Là-haut où s’évasaient
les panaches que l’altitude dissipait,
toujours nous observait cette buse
au cri régulier qu’obsédait le besoin
de retracer indéfiniment le même
cercle, évanoui au fur et à mesure
dans le passé sans laisser la moindre
trace sur l’épair blanchâtre du ciel.
Et l’enfant malgré la froidure
de novembre restait à l’observer,
l’esprit plein du vague sentiment
que cette vision recelait comme
une signification prophétique…

 

 

Publié par : Xavier Bordes | 6 décembre 2022

Temps d’incuriosité



Temps d’incuriosité
.
De loin j’aperçois sur le trottoir
un imposant carton vaguement
débordant de choses Les gens
se penchent pour regarder puis
haussent les épaules et passent
leur chemin Curieux comme
l’était Zola ma petite chatte
(qui n’existe plus qu’en nos
souvenirs) je m’approche afin
d’y jeter un œil à mon tour :
Qu’y a-t-il là-dedans de si peu
attrayant ? Ma foi – des livres !
Une masse de livres presque
neufs, plutôt récents pour ceux
du dessus dont on pouvait lire
les titres – des romans surtout –
Je n’ai pas osé fouiller ce fatras,
non par vergogne mais par peur
d’y trouver des recueils de poèmes.

 

 

Publié par : Xavier Bordes | 6 décembre 2022

Attitudes


 

Attitudes
.
Certains luttent contre le mystère
à grand renfort de calculs et d’expériences
Ils scrutent la petitesse des atomes
et l’immensité des galaxies
Pourtant rien ne leur permet de comprendre
le fondamental pourquoi du monde
Évidemment il en existe d’autres
qui luttent pour la confiance et l’espérance
Eux ont décidé de placer les réponses
avant toute question en misant sur le rêve
et s’impatientent de ce qu’on leur fasse
remarquer que leurs affirmations
quoique fort ingénieuses souvent et même
d’une séduisante beauté n’en deviennent
pas pour autant des vérités ni n’expliquent
rien Quant au poète il sait que la lutte
renforce l’obstacle et grâce au langage
il n’a d’ambition que d’habiter sa planète
ici et maintenant – et baou ! pour le reste.

.

Publié par : Xavier Bordes | 6 décembre 2022

Houle pétrifiée


Houle pétrifiée
.
Les vagues dans ma mémoire
immobiles
sont biseautées et vertes
comme facettes de silex taillé
.
C’est une ancienne Méditerranée
que j’appelle à la rescousse
lorsque je sens ma pensée se changer
en chaos de banquise disloquée
peint par Caspar David Friedrich
.
Dans ma mémoire ces éclats
miroitants reflètent chacun
le visage d’un vivant – ou d’un
qui ne l’est plus – auquel
un invisible filin violemment parfois
me rattache à la manière d’un bateau
en laisse à quai un soir de tempête
.
Même si quelquefois j’ai le sentiment
que cela étrangle un peu ma liberté
je sais que ce lien ne se rompra
qu’avec le jour où moi-même je serai
devenu pour quelqu’un
une facette dans la mer de ses souvenirs

Publié par : Xavier Bordes | 6 décembre 2022

Humeur hivernale



Humeur hivernale
.
Le papier est si froid que
le livre du jour
me paraît lourd de givre
.
Les amis proches dans ma tête
en vérité sont loin d’ici
Toute la distance des décembres
accumulés depuis si longtemps
augmente le vide blanc qui nous sépare
.
Luttant comme un démon
pour écrire jusqu’à la fin
des poèmes inutiles et au vu
de tout les écrits fameux des siècles
passés – des poèmes superflus !
.
Croyais-tu vivre ce que d’autres
avant toi n’ont jamais vécu ?
Relater des expériences inouies ?
Ajouter une pierre de plus
à l’édifice langagier de l’Humanité ?
.
Le papier est si froid que
mon écrit du jour
me paraît lourd de givre

 

 

Publié par : Xavier Bordes | 4 décembre 2022

Silex des vignes


Silex des vignes
.
Pierre où niche
le feu route ignorée
La nuit s’y tait

comme une enfant
absorbée à cueillir
les fleurs des talus

cueille les étoiles
une Nuit dans la nuit
leur coeur dépensier

Noire énergie étincelle
Au matin siffle la sittelle
après l’épreuve

1989

 

  

Publié par : Xavier Bordes | 4 décembre 2022

Sornette (sans serpent)


Sornette (sans serpent)

.

Saint Jean-Baptiste en son désert

se nourrissait de criquets verts…

Vous mangez du poulet rôti ?

Vous n’irez pas en Paradis !

 

 

Publié par : Xavier Bordes | 4 décembre 2022

Vue du Dramont



Vue du Dramont
.
Silhouette noire du vieux petit phare
sur la mer soyeuse qui le soir
se moire de lames argentées
Liséré pâle à l’horizon
la pointe du Rabiou et
(comme disait cet espagnol républicain
devenu pêcheur à Ste Maxime)
piedras por la mala suerte
quelques écueils acérés
que n’ont pas toujours évités
venant du large au petit-jour
les pointus fatigués après toute une nuit
de pêche au lamparo
Silhouette noire cernée
par les flots miroitants
vieux petit falot
est-tu toujours debout là-bas en avant
toi – sentinelle de mes
plus anciens souvenirs ?

4 avril 2004

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