Publié par : xavier bordes | 20 mars 2019

Instruments


Instruments
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Toujours une kéna, ou quelques syrinx de Bolivie
dans un coin de mon bureau De temps en temps
je les regarde avec un sentiment indéfinissable
C’est du roseau des Andes patiné par l’usage
qui me rassure par son aspect simple et familier
Des instruments dont le son m’émeut intimement
depuis mes dix ou douze ans Les mélodies
traditionnelles qui en sortent ont quelque chose
d’atavique Comme si le timbre de ces instruments,
raffinés mais non policés à l’excès comme l’est
la traversière Boehm, réveillait dans les tréfonds
de notre instinct héréditaire les rythmes originels
aux émotions tantôt prenantes et douces, tantôt
sauvages et tout imprégnées du vent dont étaient
transis les premiers hommes qui pour se le concilier,
tentaient d’imiter sa plainte au travers des roseaux…
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1999

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.https://www.youtube.com/watch?v=6XIUAeGMQ-w

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Publié par : xavier bordes | 20 mars 2019

Assourdissante stupidité


Assourdissante stupidité
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Du ciel, du vent, des champs de ruines,
et la vision d’une sorte d’épave de Titanic
terrestre Alentour circulent des blindés
et autres engins militaires Tout est couvert
d’une poussière fauve Sans doute ces images
télévisées d’une émission déjà commencée
nous viennent-elles d’Irak ou de Syrie Je zappe
Le bruit des canonnades proches m’insupporte
La bêtise religieuse en linges noirs m’insupporte
Que l’humanité s’entre-massacre et détruise,
sur une même planète, pour soutenir l’existence
factice de ce qui n’existe pas me laisse abasourdi…

 

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Publié par : xavier bordes | 20 mars 2019

Réchauffement climatique


Réchauffement climatique
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Ces tessons de terrines au miieu des sables
du haut d’un hélicoptère survolés
furent des villages heureux et bariolés
Du haut des montagnes la rivière
s’écoulait encore entre des haies de palmes
sitôt venue la fonte des neiges
Ce n’était pas un lit de pierres émoussées
entre lesquelles un chiche filet d’eau
circule à peine deux mois dans l’année
De draps enveloppées les femmes une urne
posée sur un coussinet qui les obligeait
à garder la tête altière venaient au bord du bassin
rempli des verdeurs mouvantes des dattiers
En couchant dans l’eau leur récipient jusqu’au col
elle bavardaient si longtemps
qu’elles s’avisaient qu’il était plein seulement
quand il basculait vers le fond et le retiraient
ruisselant de fraîcheur en riant aux éclats
Par le sentier du retour leurs petits groupes 
longeaient les champs irrigués
où l’on voyait piocher des hommes sombres
entourés d’alignements de plantes vivrières
Sur le seuil obscur des maisons de pisé
peut-être des bambins presque nus attendaient-ils
en jouant avec des cailloux noirs ou blancs
que prestement déplaçaient leurs mains brunes
Peut-être, peut-être vivait-on ainsi – là-bas…
Avant que le climat n’ait changé…

Publié par : xavier bordes | 19 mars 2019

Quand nous jouons…


Quand nous jouons…

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Quand nous jouons ensemble aux accidents
d’autos ou de trains miniatures ou autre chose
petit Ezra me gronde : « Ce n’est pas
le but du jeu ! » et son frais visage se fronce
avec une expression de reproche vaguement irritée ;
Moi j’essaie de comprendre quel est ce « but » :
À mon âge ce n’est pas toujours clair…
Et d’ailleurs de quel but s’agit-il vraiment ?
L’expérience m’apprend que ledit « but » consiste
essentiellement à ce que j’exécute les choses
de la manière qui lui plaît, faute de quoi
j’encours aussitôt son courroux apitoyé ;
mon problème à moi, c’est que j’ai,
dans certaines phases de nos amusements,
beaucoup de peine à deviner ce qui le contrarie :
il m’arrive que croyant bien faire, j’empire
les choses au point qu’Ezra est accablé
par mon inculture en ce qui concerne
les jeux qu’on pratique à l’école maternelle…
Alors il finit par abandonner en haussant
ses épaules graciles et soudain il sourit,
avec une indulgente résignation : « C’est pas grave,
t’es mon papy, je t’aime quand même ! »

 

 

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Publié par : xavier bordes | 18 mars 2019

Tacite


Tacite
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Ce que tu te dis à toi-même
garde-toi de le chuchoter aux roses
elles le répéteraient à qui
ne doit pas l’entendre
et cela vous tuerait
toi et ton ombre

 

 

 

Publié par : xavier bordes | 18 mars 2019

Hallucidité


Hallucidité
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Dans la foule de la rue
j’ai croisé des têtes de mort
encore en vie
l’une était un sourire gracieux
de jeune femme

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Publié par : xavier bordes | 18 mars 2019

Faiblesse


Faiblesse
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J’ai arraché trois feuilles de verveine
Un oiseau a crié
Mais la verveine sentait si bon !

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Publié par : xavier bordes | 18 mars 2019

Contagion du Logos


Contagion du Logos
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La rencontre, chaude poterie au soleil
rendue avec sa fraîcheur intérieure à ceux
que l’on aimait
dont la présence en soie de souvenir
est moirée comme pelage sur la croupe d’un cheval
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Voici donc un peu de mon eau
Si tu le veux goûte à sa limpidité tant qu’il te plaira
Désaltère-toi Oublie-moi Regarde plutôt
le bleu transparent du mirage qui porte en lui
toute une éternité de soif
à laquelle nul n’aura jamais accès
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Ça ressemble à la lueur imminente d’un amour
Un tissu de fils de satin enrobant un coeur de lumière
à la manière d’un cadeau antique
Un bulbe de céramique constellé de figures magiques
dont l’huile en s’élevant quand la nuit tombe
nous restitue quelques lampées de ce soleil de l’olivier
qui a les feuilles vertes côté jour
mais argentées côté lune quand les trousse
en pleurant le vent des nuits
avec ses inflexions de jeune fille délaissée
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Pour finir ce que le langage recueille
aussi douteux et incertain que l’est la mémoire de l’eau
et la franchise de l’enfance
cela quelquefois contamine un proche
qui nous en voudra sans doute de ne lui avoir pas
épargné la fièvre d’une rencontre
à laquelle on s’accoutume si facilement
qu’on en devient dépendant
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Publié par : xavier bordes | 18 mars 2019

À l’écart


À l’écart
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On dit que la Finlande est un pays heureux
Peut-être et cependant un aussi merveilleux
compositeur que Sibelius n’a pas le visage
du bonheur sur les photographies On sait
aussi que pour se consoler de l’existence
il était devenu un alcoolique invétéré et que
sa création lui paraissait quelque fois si
loin de ce dont il rêvait qu’il a détruit même
sa huitième et dernière symphonie jugeant
qu’elle ne marquait aucun progrès par rapport
aux sept précédentes ! Pour un pays heureux
ne faut-il que des passionnés de cabanons
perdus en forêt, des gens qui se suffisent
d’être parmi la sauvagine et les oiseaux,
des âmes qui communient avec la Nature
mieux qu’avec n’importe quelle œuvre d’art ?
Cela se pourrait bien… Ne pas trop penser,
avoir pour soi l’immense espace et le rythme,
rude parfois, des saisons… Ne s’interroger
sur rien que les sollicitations dont la vie
immédiate nous assiège et passer en toute
sagesse et sérénité sans spéculations méta-
physiques superflues les ans à nous attribués
par le sort – serait-ce donc là le secret ?

 

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Publié par : xavier bordes | 18 mars 2019

Nihilisme


Nihilisme
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Aurais-tu fait le tour de ta vie,
que tu n’approuves plus depuis
un certain temps ce qui advient ?
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En noir et blanc a reparu l’échiquier
avec ses pions qui vont tomber
de part et d’autre Pour finir
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ne resteront que quelques pièces
puissantes qui ne termineront
rien puisque tout recommencera
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Tandis qu’insensiblement s’usent
les joueurs au point que fatigués
ils vont cèder leur place dans le jeu
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qui leur paraît soudain absurde
quand il enflamme les passions
d’héritiers que la noirceur fascine

 

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