Publié par : Xavier Bordes | 17 février 2022

Décès de Michel Deguy


16/2/2022… La gorge trop serrée pour aucun commentaire.

 

Métamorphose apollinienne

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Les arbres au jardin sont indifférents
à nos peines et des nuages de fleurs
printaniers y fleurissent comme si
quelque part se préparait un mariage

Le soleil devient flou et sa lumière
se brise dans nos larmes et celles
de la rosée car en secret la nature
poétiquement s’associe à nos chagrins

Ceux qui sont partis ne reviendront
pas sinon au pays de nos souvenirs
Qu’importe le lyrisme déchirant
et sentimental puisqu’il n’y a plus

personne et que nous ne serons
bientôt nous-mêmes que des noms

Publié par : Xavier Bordes | 4 juillet 2022

Image d’encre


Image d’encre
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Ce pin dans la brume
enlevé par le peintre en
trois coups de pinceau

Publié par : Xavier Bordes | 4 juillet 2022

Visite au Thoronet jadis.


Visite au Thoronet jadis.

Pour un rien de lumière       pas celle qui écrase le jour ce midi et aplatit les pierres       descendons dans l’ombre froide par la poterne romane

qui laisse entrevoir les rangées de bancs de chêne       sous la haute voûte devinée de l’abbaye       avançons avec méfiance comme à tâtons jusqu’à

ce que les yeux s’habituent       tandis que les échos des voix s’y multiplient       déforment et prolongent à l’infini       en ressemblant de plus en plus

à des voix de séraphins       mêlées aux meuglements minotauresques de gros chéroubims pluriailés       sans doute chargés de faire respecter

le lieu sacré par ceux qui ne viennent pas pour s’y recueillir       mais seulement en touristes curieux       que l’architecture séduit

et non le silence mystique de l’esprit       dont l’édifice trapu et rassurant par sa masse même       témoigne depuis une séculaire enfilade d’années

semblable au promenoir quadrangulaire de la colonnade       qui encadre le cloître       ses buis sa fontaine       ses longs parterres embaumés de fleurs
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mêlées aux touffes de thym et de lavande       Là       pour un rien de lumière colorée qui évoque par transposition horizontale       une version terraquée

du vitrail vertical du choeur       orienté pour transmuter directement les premiers rayons de l’aurore       l’on peut ressentir certain souffle édénique

capable d’inspirer à notre esprit       cet élan de liberté et de gratitude envers la vie       analogue au vol acrobatique des mouettes au-dessus de la Méditerranée…

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Publié par : Xavier Bordes | 4 juillet 2022

Scribouillardises sans queue ni tête


Scribouillardises sans queue ni tête

Le scribe aura souvent tenté de se quitter, de sortir de soi, prison à 36,9° de muscles et d’os. Histoire d’anticiper !

Pentes fleuries de corolles serrées en mai, aux contreforts de l’Atlas encore zébrés de neiges : des chiens perdus venaient renifler les coquilles d’oeufs durs du pique-nique.

Qu’écrire de l’amour est difficile ! Impossible même. Les mots, quoique l’on veuille y infuser, restent indifférents et froids.

Qu’un être, ou plusieurs même, vous passionne sans explication, sans raison que l’on pût concrétiser, que l’aimantation qu’il provoque imprègne l’acier de l’âme, tel est le : j’ a i m e.

Que rien de cet univers, excepté quelques « comment », ne soit élucidé quand nous nous en absenterons – voilà qui est proprement odieux !

Frustrés, les peuples s’inventaient un éventail de Causes Mythiques, tellement irrationnelles, fumeuses et fragiles qu’elles requéraient de supprimer tout incroyant.

Le rêve n’est pas le moyen de secourir une envie de fuir l’existence, mais de l’enrichir de sa propre substance, pour en faire un monde et nous réconcilier avec lui en rafraîchissant la perspective des possibles que son mystère recèle…

Quand je quitterai cette planète, j’emporterai, à mon esprit défendant, ce que j’ai compris et ce que je n’ai pas compris. Écrire ne déleste pas le voyageur.

On affronte quotidiennement l’Ineffable, on tente d’en transcrire le mystère, de le transmettre comme une trouvaille précieuse à d’autres qu’on importune et qui pour la plupart détournent le regard.

Publié par : Xavier Bordes | 3 juillet 2022

Rosée d’un orient durable


Rosée d’un orient durable
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La réalité, lorsqu’elle n’a ni consanguine ni concurrente : la poésie, unique marguerite au soleil épanouie.
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Aux friches des talus négligés, la noblesse variée de fleurettes et graminées, autant de poèmes en marge de la Littérature !
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Dans notre sphère, l’on refuse de réduire l’humain à des mots qui l’esquivent et l’on ne désincarne pas le sexe en « genre ».
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La poésie est libre de tout puritanisme, de tout angélisme, de tout paganisme comme de toute religiosité.
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La poésie est d’une telle humilité qu’elle doute d’elle-même ; quoique l’univers soit son miroir, elle est seule à ne jamais s’y reconnaître.
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À l’instar du lézard de ce conte qui oblitérait une lettre sur une épitaphe, le poème peut changer « mule » en « muSe ».
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Publié par : Xavier Bordes | 3 juillet 2022

Domaine privé à usage public.


Domaine privé à usage public.
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Le poète tirant sur le fil du mot « laines » aurait vite fait de ramener à lui Clotho, Lachésis et Alecto !
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À toutes voiles, vers les brisants du sommeil cingle la nef du poème, qui ne parvient qu’épave éparpillée aux rivages du jour.
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Cristal vierge des plages, autour de l’oeil allongé d’un atoll vert tu attires les écumes et les herpes, pour l’agrément d’une solitude.
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Grandir à l’ombre d’une futaie de hêtres, apprendre à fuir avec la sauvagine, sentir à travers l’humus le parfum des racines, autant de préludes à l’envol.
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Nuits couleur de banquise, firmaments illuminés d’écharpes vertes, amours perdues virtuoses des orgues du silence !
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À cette fontaine glacée, même altéré, retiens-toi de boire plus qu’à peine, pour éviter de t’y lézarder les dents.
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Inconscient de le faire, l’esprit cependant goûte la poésie sur les choses comme le corps les épices qui rendent un mets délectable.
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Publié par : Xavier Bordes | 2 juillet 2022

Abondance heureuse


Abondance heureuse

Les beaux livres de poèmes que je reçois s’empilent trop vite, car je suis inapte à ne pas lire vraiment donc lentement : mon cerveau ne peut quitter une phrase, un vers, sans avoir perçu le halo de conséquences qu’elle recèle…
Parmi ces beaux livres, combien de pages que j’envie, que j’aurais voulu écrire, que j’eusse aimé me voir dicter à la place d’énoncés sombres comme taches de lait au-milieu de cendres argentées par l’élucidation du temps !
Ce qui me saisit le plus d’admiration ce sont, sur une page de clair papier, ces caractères imprimés qui, scrutés à la loupe, ont gaufré d’un noir velours l’épair fibreux, marche aventureuse poinçonnant une plage de sable nacré.
Si bien que chaque fois que mon regard se porte sur telle ou telle ligne, il me semble être Robinson découvrant, laissée par Vendredi, la piste vers un inconnu fascinant. Avec au bout, virtuel, un refuge à bâtir ensemble.

Publié par : Xavier Bordes | 2 juillet 2022

Considérations secrètes


Considérations secrètes
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     C’est le matin tardif du samedi où tu es mal rasé. Un soleil paresseux étale sur le plancher des carrés de lumière lents comme des limaces. Il dessine dans certains l’ombre des plantes d’intérieur. Dehors la rue éblouit. Façades somnolentes, paupières des volets fermés.
     Depuis plusieurs heures déjà, je flâne dans du poème grec difficile à traduire, mais facile à comprendre malgré certain tours de langage équivoques… Le grec d’aujourd’hui est moins somptueux que le dialecte hellénique de Pindare, certes ; néanmoins il m’entraîne lui-aussi dans des visions plutôt heureuses.
     C’est comme le souvenir d’un horizon marin où l’aube ne cesserait jamais d’être en train de naître, cependant qu’au-dessus des Idas et des Olympes planent des pressentiments d’orage et de malédiction, le tout en dialogue permanent au sein de la fluidité, qu’on pourrait croire quasiment désarticulation, d’un idiome enraciné dans le hiératisme antique.

Publié par : Xavier Bordes | 1 juillet 2022

Épicurisme


Épicurisme
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Douce Grèce avec ses simples
et délicieux restaurants à poissons
en bord de mer à Pyrgos par exemple
L’on y discute avec des amis
Au-delà de l’ombre du toit le rivage :
la lumière à midi s’y joue du clapot
de crêtelette en crêtelette et nous
éblouit avec l’odeur iodée du jour
Les dames aimées sourient
mais leurs regards sont intenses
Une radio dans un coin mouline
tout bas murmures et chansons
Tandis qu’un vin rouge du Péloponnèse
mettons un Notios de Koutsi
nous fera croire pour quelques heures
que la vie est chose belle à vivre

Publié par : Xavier Bordes | 1 juillet 2022

Hermétique amphore


Hermétique amphore
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Sous scellés, l’herbe et les hauts pins vagues
derrière le flou vaporeux des brouillards
Et l’odeur d’humidité des pierres moisies
liées par l’abrupt d’anciennes restanques
encore ici et là visibles en dépit des mousses
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Un sceau de silence aussi sur les oiseaux
dont mille cris et vocalises aux ramilles
enchevêtrent tout un écheveau de cristal
jusqu’à l’harmonie qui les rend invisibles
tandis que le temps les change en souvenirs
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Et bien plus tard quand l’enfance est finie
au point qu’on croit le paradis à jamais
disparu voici gravé dans l’ambre encore
du couchant le profil tant aimé d’Aïlenn
en filigrane sur l’orbe du monde éternel…

Publié par : Xavier Bordes | 1 juillet 2022

Pachamama


Pachamama

Ah que j’aurais voulu 
tout étreindre du monde
dans mes reflets ainsi que le font 
couramment les eaux ou les regards
infinis des amants
quand leur amour inquiet
s’interroge et se sonde

Sauver cette beauté qui
dans les prés abonde
faite de fleurs et de menus événements
oeillet coquelicot pissenlit
calament marguerite iris nain
bugrane à feuille ronde

Le roitelet qui vient se bercer 
un moment avec les papillons
sur quelque folle avoine

Bref chanter la Nature
en ses aspects charmants
depuis les astres de l’immense
firmament en passant par la rose
où dort une cétoine
jusqu’à la mouche d’or
sur son tas d’excréments.

 

 

 

 

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