Publié par : Xavier Bordes | 20 avril 2021

Au lac sans nom


Au lac sans nom

Les eaux glacées du petit lac
cerné de pics aux neiges pures

Oh vérité du reflet qui confirme
d’un frisson l’altitude des rocs

Le choc sur la peau d’y plonger
à l’instant qui coupe le souffle

Mais la beauté d’avoir vingt ans
dans un cirque de folie solitaire !

 

 

 

 

Publié par : Xavier Bordes | 20 avril 2021

Amandier de l’éveil


Amandier de l’éveil
.
Arbre en fleur parole d’argent
tes racines sont les ailes d’Hermès

Surgi de la Terre et nourri de la Terre
tu te mêles à la limpidité céleste

L’aigle en cercles qui stationne
cerne là-haut les ondes bleues du vent

Ton sang est d’ambre et de silence
L’abeille et le soleil sont piégés dans tes larmes

Tu brilles au champ de ta solitude verte
Flamme de cierge au-milieu du mystère

(2002)

Publié par : Xavier Bordes | 20 avril 2021

Anti René Char


Anti René Char

Sans déplorer de ne pas comprendre
il est malaisé de penser
que vivre est une sorte d’impasse

La tentation de l’à-quoi-bon
surgit derrière chaque porte, avant
chaque geste et frappe

nos actes d’une inanité difficile
à tenir en échec D’autant plus difficile
aujourd’hui qu’à chaque

effondrement des preuves, le poète
désormais ne peut guère sans ridicule
répondre par des salves d’avenir…

Publié par : Xavier Bordes | 19 avril 2021

Riquet, cheval de labour en 1949


Riquet, cheval de labour
.
Lorsque mon ami Noël si grand
me semblait-il avec ses dix-neuf ans
m’a hissé à sa place sur la selle
du percheron paternel à la robe
pommelée comme un ciel nuageux
géant massif placide tout en muscles
j’avais cinq ans et sur la photo grise
on peut voir que je n’étais pas peu fier
J’ai pris les rênes et clac avec un hue
nous sommes partis tous deux vers la ferme
à une centaine de mètres de chez nous
Noël est resté à discuter avec mon père
pendant que je ramenais le doux colosse
à l’écurie… Docilement il s’est rangé
le long d’un muret comme d’habitude
pour que je puisse descendre seul
puis m’a suivi à la longe jusqu’à son box
Avant que je repousse le portillon
il s’est penché très bas vers moi
pour une caresse sur son museau
de si tendre velours gris, m’a regardé
avec ses yeux humides de brave animal
et moi je n’avais pas conscience
qu’il n’était pas vraiment un humain
comme moi… Enfin j’ai quitté l‘écurie
et ses forts remugles familiers,
« Au revoir, Riquet. À demain… »
Le cheval m’a répondu avec un bref
hennissement qui m’a rassuré
C’est le coeur léger que je suis rentré
alors que le soir à l’horizon déployait
sa roue mauve, gorge-de-pigeon et or
Dans la salle à manger ma mère était en train
d’expliquer que Noël avec moi n’était pas
prudent tandis que ma grand’mère
s’efforçait de la rassurer sans succès !
À table j’ai fait preuve d’un splendide appétit…

.

.

Note : Ce cheval avait été baptisé Riquet en référence à « Riquet à la houppe », car il avait une ample crinière avec la particularité, depuis sa naissance, d’un épi de crins rebelles entre les oreilles !

Publié par : Xavier Bordes | 19 avril 2021

Deux esthétiques


Deux esthétiques

J’ai lu qu’un jour Brahms et Mahler, après une répétition à l’Opéra, étaient allés se promener au Stadtpark de Vienne, le long du canal Wiental. Les deux compositeurs discutaient, à la suite de leur passage devant l’imposant monument dédié à Johann Strauss, de leurs conceptions et de leurs places respectives dans l’histoire de la musique. À Brahms avouant qu’il se considérait comme le dernier représentant de la vague musicale romantique et l’interrogeant sur son pont de vue, Mahler désigna une risée à la surface du canal et déclara qu’il était l’une des vaguelettes suscitées par la brise. Quoique mahlérien passionné depuis toujours, il m‘arrive parfois, fugitivement, de comprendre le désenchantement de Brahms.

Publié par : Xavier Bordes | 19 avril 2021

Ezra s’éclate dans la vie


Ezra s’éclate dans la vie

Petit Ezra qui devient grand
sous les yeux attentifs de son père
a découvert l’art du « skateboard »
et hop voici qu’il soulève l’engin
du bout du pied ou saute dessus
en virtuose admiré par les passants
masqués qui l’encouragent
en traversant le parc de la résidence
pour aller faire leurs courses
Ezra est un enfant très moderne
il est expert en « Switch Nintendo
Games », son accent anglais
est parfait, en lecture il se défend
comme en mathématiques
Au piano il arpège son plaisir
et il y a en lui un moteur atomique
qu’on ne freine pas facilement
excepté lorsqu’on fait jouer
sa raison sa délicatesse et l’amour
spontané qu’il ressent pour les gens

 

 

Publié par : Xavier Bordes | 18 avril 2021

Le NON de ce monde



Le NON de ce monde

Un clin de beauté
Une gloire d’aurore
L’appel cuivré de l’ailleurs
Tout ce que tu désirais
transmettre à tes semblables
.
Mais cela t’a été
refusé !

 

 

(1997)

Publié par : Xavier Bordes | 18 avril 2021

Homologie


Homologie

Sur l’eau de l’étang les feuilles tombées
se mêlent par nostalgie au reflet
des frondaisons dont le vent les a détachées
Ainsi sur le miroir laiteux du présent
nos souvenirs se déposent en poèmes

Publié par : Xavier Bordes | 18 avril 2021

Autocritique


Autocritique

Délivrer mes poèmes de leur composante
ennuyeuse et sentimentale :
voilà qui ne va pas de soi Pourtant
les vocables « soleil » ou « montagne »
« arbre » « risée sur la mer »
ou « rosée sur l’amour » entre autres
n’ont pas besoin de nuances
pour émouvoir puisque tous nous avons
l’expérience de l’implicite qu’ils évoquent
Quant ceux qui ne ressentent rien
n’entendent rien, ne voient rien
à leur énonciation – la parole
ne se laisse pas aller à croire
qu’il n’y a pas pour eux de solution !

Publié par : Xavier Bordes | 18 avril 2021

« Sein und Zeit »


« Sein und Zeit »

Cette troublante confiance des objets dans l’avenir…
Comme s’ils savaient qu’ils dureront
plus longtemps que nous

Et non seulement pyramides ou stèles
mais haches de pierre polie, perles de corne
et d’ivoire, poteries peintes

ou comme ces simples couteaux
dormant dans le tiroir de ma cuisine
du sommeil de ceux martelés à l’âge du cuivre
qu’on a retrouvés près de Minusinsk
gainés de vert-de-gris depuis six mille ans

Apprends de tes cousins disparus du néolithique
l’humilité qui rend plus humain
et face aux objets inconscients de ton quotidien
émerveille-toi de ton âme éphémère
et de ce que penser recèle de précieux !

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