Publié par : Xavier Bordes | 25 janvier 2021

Clin d’oeil suranné


Clin d’oeil suranné

Sourdement me revient du fond
d’un indéfini passé le piétinement
des sabots boueux des vaches
sur les sentiers que leur habitude
a gravés au flanc vert de l’alpage

L’azur pur festonnait les crêtes
Les nuages venaient se rouler
dans les hautes herbes et nous
les imitions car le ciel en ce temps là
était plus près des choses terrestres

À l’émeraude du torrent quelquefois
nous buvions mains jointes en coupe
Et le froid sur nos dents ajoutait
au sourire des filles – nos complices
pour des jeux pas toujours innocents

Publié par : Xavier Bordes | 25 janvier 2021

Afélis et la Treizième


Afélis et la Treizième

À l’encre de Chine écrire sur les pétales d’un lis
quelle idée séduisante et bizarre
qui ne peut traverser ta cervelle qu’à minuit
quand soudain dehors aboie un chien plaintif qui rêve

Incarcéré dans la triste chair d’un vieillard
tel un animal enchaîné à sa niche
que te reste-il en fait de latitude, Afélis,
hormis celle du songe au-dessus de laquelle veille
une pleine lune qui progresse de biais à travers l’étendue
à la façon d’un crabe aux pattes argentées

Rêve, rêve Afélis ! Rêve autant que tu peux !
Il arrive souvent que la vie soit si affreuse
qu’on envie ceux qu’elle a quittés…

Publié par : Xavier Bordes | 25 janvier 2021

Le nez à la fenêtre


Le nez à la fenêtre

Sur les jasmins et les rosiers mouillés
sortis – dirait-on – d’un de ces poèmes
exquisement sentimentaux qui jadis
firent la gloire du vieux Francis Jammes
les mésanges en travaux d’approche
se posent puis revolent jusqu’au laurier
où pend la maisonnette aux graines,
y piquent tour à tour un-deux pépins noirs
(le tournesol pour elles est une friandise)
et comme si ce menu larcin était un délit
s’essorent aussitôt vers les arbres voisins…
La verveine n’est plus qu’une touffe étique
de tiges à demi-desséchées L’air ne sent
plus guère que le froid des aubes d’hiver
Dans la maison quelqu’un prépare du thé
Ici tout est calme Une tristesse vague flotte
ainsi qu’un relent de noirceur nocturne
De l’autre côté de la vallée un premier
pinceau de soleil éclaire l’adret où se tient
le petit cimetière avec la tombe inconsolée
Bien au-delà des haies on devine la rumeur
obsessionnelle de la mer qui vient et revient
tandis qu’en pensée je vois la Beauté fragile
et noble à tout instant faire échec au Destin…

Publié par : Xavier Bordes | 25 janvier 2021

Nuit troublée à l’Upiane


Nuit troublée à l’Upiane

Bourrelé de souffrances qui ne sont pas les siennes
l’orage tambourine aux portes du ciel
avec l’aveugle obstination du sanglier
qui tenterait de forcer une palissade

Le vent dans la nuit secoue les fenêtres
à l’improviste comme s’il espérait rentrer
par surprise Allongé sur mon lit aérien
dans mon antre sans étoiles j’attends demain

La différence avec la dalle ou l’urne
c’est que les yeux fermés je ne dors pas et que réalité
ou hallucination j’entends gémir des enfants quelque part
en un dehors plus extérieur que le dehors tempétueux

Faibles plaintes lancinantes d’esprits ostracisés
qui parfois se font aigres mauvaises menaçantes
d’une méchanceté rageuse peut-être par impuissance
même si je sens de temps en temps l’air frôler mes cheveux

Comme toutes les nuits je pense à mes amours
au loin – là-bas où ressasse le bruit de la mer incessante,
ou bien là-bas dans les cités sillonnées de rumeurs
insomniaques, ou même en ce là-bas insondable de ma mémoire

Publié par : Xavier Bordes | 24 janvier 2021

Minute éternelle au jardin des Tuileries


Minute éternelle au jardin des Tuileries
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Par les allées des Tuileries, quel bonheur
de flâner main dans la main avec Aïlenn,
jadis ! Sur son visage errait un souriant
mystère évanescent comme aux fleurs
d’églantiers la buée des aurores – nuancée
d’un soupçon de bleu céleste, émouvante
rémanence des jours insouciants du paradis…
(Oh voix verte, oh regards éthérés d’elfe !)
Après avoir connu pareil bonheur, je le dis,
on peut mourir, puisque la vie n’a rien,
absolument rien de mieux à nous offrir !

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Publié par : Xavier Bordes | 23 janvier 2021

Solitude d’Afélis


Solitude d’Afélis
.
Pendant que d’autres cherchaient des simples
ou des champignons par les bois et les prés
(Ne parlons pas des tueurs d’animaux patentés)
Afélis rêvait seulement de surprendre sous
son camouflage de mousse une source d’eau pure
Il se hasardait seul au creux des ombres où
serpentaient les torrents charriant des reflets
vifs comme des truites et des truites vives
comme des reflets, de pierre en pierre tentait
de remonter le cours de leur fluide fraîcheur
ornée çà et là de prêles fines aux tiges touffues
À force d’explorations toujours plus en amont
il découvrit que la source des sources était
une altitude glacée aux blanches étendues
qu’enveloppe un air trop raréfié pour ceux
dont aucune flûte n’a entraîné l’inspiration.

Publié par : Xavier Bordes | 23 janvier 2021

Sadique humanité


Sadique humanité
.
Comment écrire sereinement
lorsqu’on voit tant de gens jouir
de la souffrance des autres
en général plus faibles qu’eux
jusqu’à les pousser vers la mort ?
Quelle est cet étrange amère
volupté à retourner indéfiniment
le fer dans la plaie des innocents
(et même s’ils étaient coupables
quel attrait y a-t-il à se complaire
hystériquement dans le désastre ?)
Comme moi, et ceux que j’aime
l’humanité va sur sa fin, l’humanité,
cette tentative de la nature où
chaque individu est mou au dehors
et dur à l’intérieur : parallèle avec
l’autre tentative qui, dure au dehors,
molle au dedans, résiste depuis
des centaines de millions d’années
à savoir bien sûr les insectes – eux
nous survivront, qui ne font pas
de sentiment et qui ne soupçonnent
pas que l’on puisse trouver un vain
plaisir à faire souffrir ses semblables !

Publié par : Xavier Bordes | 22 janvier 2021

Chemin du moulin, sur la hauteur…


Chemin du moulin, sur la hauteur…
.
Marchons au long des sentiers oubliés
en pensant (le vent froid râpe les pommettes)
à tous les nôtres – vivants ou de souvenirs

Du haut de la colline le pays se découvre
prasin et bleu ardoise avec traversant la brume
une lame de lumière qui fait soupçonner la mer

Le soleil aux branches nues dévide ses fils dorés
Il ne prend dans sa toile que chants d’oiseaux
Vallée pâle et caducées de fumée vite dissipées

Le sol moelleux sous tes pas ne se dérobe point
Ni le terrible mystère  d’ ê t r e  dont chaque fois
le malaise t’étreint à la faveur de la solitude

Tu songes à ces humains – tes semblables
dont il existe plusieurs milliards d’exemplaires
En vérité pourtant pas un ne te ressemble

Publié par : Xavier Bordes | 22 janvier 2021

Fugitive remarque


Fugitive remarque

Et c’est toujours après son départ
qu’on se rend compte avec mélancolie
que le vert papegai du bonheur était
jusqu’alors perché sur notre épaule
et dans notre conscience en silence
répétait obstinément les incantations
magiques et rassurantes de l’enfance

Publié par : Xavier Bordes | 21 janvier 2021

Plus question d’esquiver


Plus question d’esquiver

Caché sous la masse de tes poèmes
ainsi qu’un hérisson sous les feuilles
tu passes cet hiver en état dirais-je
d’hibernation des sentiments et même
d’une grande part de ton intellect

Alentour le brouillard a filigrané
les plus fines ramifications des arbres
Une immense feuille de papier calque
où le paysage esquisse son essentiel
et rien au-delà, qu’une angoisse vague

C’est un peu comme si tu apprenais
par une sorte de répétition générale
à commencer d’apprivoiser la fin
des choses – que tu fréquentes depuis
ta naissance en t’efforçant d’en tenir

la pensée à distance comme un frelon
importun au dard irrémédiable !

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