Publié par : xavier bordes | 20 juillet 2017

Les Roses blanches de Corfou


Les Roses blanches de Corfou

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À Corfou les raisins, si gros qu’en Italie,

Sont les œufs du Soleil, du géant Apollon

Qui tel un papillon pris de fougue et folie

Sème partout ses grains de vallon en vallon.

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Rappelle-toi combien cette île était jolie.

Nous l’avons explorée en large comme en long,

Puis l’avion emporta notre mélancolie…

Ces « Roses blanches» là – si tristes au violon !

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Les roses ont fané, mais sur la citadelle

On voit toujours voler des essaims d’hirondelles

Qui portent leur printemps à bout d’aile en criant.

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Nous reviendrons peut-être un beau jour à Kerkyre

Où dans les pures eaux chaque palais se mire,

Et plongerons parmi leurs reflets souriants…

 

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Publié par : xavier bordes | 20 juillet 2017

Trois sonnets


Tête à tête sur la terrasse haute

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L’après-midi prend fin. Les baigneuses se peignent,

S’habillent ; les baigneurs, leur parasol fermé,

S’en vont, en dédaignant l’horizon embrumé

Dont, roses, les voiliers, de ciel nacré s’imprègnent.

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C’est l’heure où les rumeurs de la ville s’éteignent.

Sur la plage où, le jour, un public animé,

Quasi-nu flirte et rit, bronze et joue à s’aimer,

Voici que le désert et les vents marins règnent.

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Vois, au balcon du soir, par les airs violets

Planer la mouette blanche en comptant les galets ;

Le couchant bouclé d’or, sur la houle qui danse,

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Laisser se dérouler ses longs cheveux divins :

…Qu’entre nous, tous les mots soudain devenus vains,

Le dit de nos regards traverse le silence.

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Château Mora

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Quand j’écris des sonnets, c’est contre la déprime !

Comme lorsqu’on revient au jardin d’autrefois,

D’herbe folle envahi, dont le portail de bois

Par un seul gond rouillé à son pilier s’arrime.

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On entre, le coeur lourd, pour un regard ultime.

En nous voyant venir, la demeure aux abois

Tout au fond de l’allée a l’air prise d’effroi.

Penser y pénétrer soudain paraît un crime.

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Sans doute, à l’intérieur, n’y a-t-il rien à voir.

Le salon est désert, dénudé le couloir.

Nul fantôme jamais ne hante plus les chambres…

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Et toi, jeune beauté, qui résidais ici,

Tu te perds dans le temps : cependant revoici

Sous mes yeux ton corps nu et ces reins que tu cambres !

Paix sirénienne

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Par les mots, balancés ainsi que des chlorelles

Au gré de l’onde amère et des chants du mistral,

J’irai, scaphandrier d’un rêve inaugural,

Voir tes jardins profonds, Sirène qui m’appelles…

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Ton palais de corail décoré de patelles,

Calliostomes, tritons, très loin du littoral

Humain, au fond du bleu tremblant fluide abyssal,

Agrège clochetons, arcades et tourelles.

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Là, en guise de lit, nous attend un géant

Bénitier tout rempli des échos du néant.

Leur murmure analogue au ronron des toupies

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Bercera, dans l’oubli du monde belliqueux,

Nos âmes sous la mer, aisément assoupies

Après les jeux d’Éros, en ton milieu aqueux.

 

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Publié par : xavier bordes | 18 juillet 2017

Partie d’égo


Partie d’égo

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Ce que je vais écrire ici

sera complètement incompréhensible :

J’ai l’impression d’être un bouquet de fleurs artificielles

obsédé par l’étouffante chaleur de l’été

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Ou encore d’être un ciel constellé de galets

qui a renoncé à ce que l’obsède la rumeur de la mer

Un temple aux rouges fûts de pins dans l’air tremblant

déserté par l’orchestre minuscule des cigales

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À voix acidulées de jeunes filles, mes pensées

me traquent jusque dans les recoins de l’inconscience

Là où stagnent eaux croupies et odeurs de sentines

avec miroitements de remords et scènes dévorantes

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Que nul ne perde son temps à tenter

de pénétrer cet univers auquel je n’aurais pas accès

moi-même sans les mots que devant moi

je pousse comme pions enveloppants d’un jeu de go

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Publié par : xavier bordes | 18 juillet 2017

Sauvage modernité


Sauvage modernité

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Qui pourrait comprendre pourquoi

le poème nous déserte au profit

des hurlements hystériques des foules

gigantesques rassemblées pour célébrer

ce qui ressemble fort aux danses des primates

s’efforçant d’intimider quelques intrus

avec micros sur scène et baffles énormes

capables d’assourdir tout un quartier

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L‘extrême sophistication électronique

des sociétés dites « avancées » appelle-t-elle

l’extrême primitivité dans la manifestation

des sentiments Hurlements de félins en amour

tam-tam de forêt-vierge et cordes d’acier

employées aux bruits de ferraille les plus

irritants possible – le maître-mot : « saturé » –

pour des balancements de briquets allumés

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L’animal intime de l’être humain

se réveillerait-il au coeur de sociétés

réduites au noir et blanc, au bien et mal

désormais sans nuances avec pour unique

fonctionnement l’éros et la violence ?

Ce drill que chacun porte en son âme,

héritage des temps primitifs et des âges

farouches, aurait-il pris l’ascendant sur

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la tentative des troubadours d’Aliénor,

tous ceux qui rêvaient de Lumières, et de

cette harmonie qu’on disait « civilisation » ?

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Publié par : xavier bordes | 17 juillet 2017

Du Rapt et de l’Instant


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Du Rapt et de l’Instant

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Vivant d’exister du présent de ce qu’il écrit,

émule du verdier qui s’égosille sur sa branche !

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Que je te parle d’hier ou de l’avenir, maintenant

demeure immobile comme une aiguille

sous laquelle tournerait le cadran d’une montre.

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La musique, c’est du présent mis en beauté

mathématique et sensuelle pour l’oreille.

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Au milieu de l’orage violacé qui foudroie

l’averse est une joyeuse pluie de larmes

qui se retournera en millions d’épis vers le ciel.

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L’espace odore. Il se donne à connaître

sous forme de lumière, vent et senteurs.

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Le corps est analogue à ces bouteilles de Klein,

sans intérieur, sans extérieur définissables.

S’il « s’exprime », c’est façon de parler.

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Bien entendu, poétiser c’est dire des vérités

à l’aide d’erreurs, d’approximations qui ravissent.

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Publié par : xavier bordes | 17 juillet 2017

Conjectures solaires d’une vérité pour personne


Conjectures solaires d’une vérité pour personne

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L’oeuvre d’art – de même que l’oeuvre de langage – recèle de la poésie dès lors qu’elle signe l’interface entre le monde et le monde.

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Le seuil du sanctuaire pose une face de l’identique comme « profane » et l’autre comme « sacrée ». L’espace est baptisé sacré grâce à la Parole, laquelle ne change rien, excepté elle-même qui se change en Tout.

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Ils ont appelé cela le « monde intérieur », une expression comme une autre, pour faire semblant.

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Feignons qu’il existe un « dehors » pour nous donner une contenance, pour posséder un « dedans » que cerne une enceinte de paroles – souvent en papier !

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Nous sommes sur le chemin qui mène au temple vide, entre deux alignées de pins japonais. En travers, le Torii d’un beau vermillon ocré. En deçà / au-delà.

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Comme on passe sous un arc de triomphe : d’un côté nous sommes au monde, de l’autre le monde est à nous. D’un côté nous sommes le monde, et de l’autre le monde, c’est nous.

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Seul le signe franchi que nous pensons, fût-il immatériel, donne existence au temps de nos vies. D’où le goût, chez les artistes, pour la transgression…

 

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Publié par : xavier bordes | 16 juillet 2017

Anticonfidences


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Anticonfidences

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On voudrait comprendre pourquoi

tel qu’il tourne le « monde » s’éloigne

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Seul comme un homme d’or méditant

le poète rime avec Léthé plus qu’avec l’étant

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Voici le reflet qui se détache et se déforme

tandis que mots se distancient de choses

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On rêve d’une beauté qui ne devrait plus rien

à l’expression des monts, des mers, des corps

désirables, des plantes riches d’imagination

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Quelle parole aux reflets de métal lunaires

saura prendre un jour pour référent

son propre éclat ?

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La « poésie » bizarre auréole imperceptible

se doit d’exister à l’insu du poème lui-même

et non à force d’excentricités de la langue

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On aime celui qui dit n’importe quoi et se croit

poète – alors même (hélas) qu’il ne l’est pas !

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Ce que tu échanges par la monnaie de singe

du langage-en-poèmes c’est une pépite

d’humanité contre de la cendre d’encre

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Il y a là une radiation qui éblouit le coeur

du marbre et du temps fait lave incandescente

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Pour s’obliger à puiser dans la simplicité

les phrases qui se suffisent de leur dire

il n’est pas nécessaire d’être compris de tous

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Publié par : xavier bordes | 16 juillet 2017

Firdaous


Firdaous

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Comment se remettre de l’ancien jardin

Ton esprit entrelaçait au lierre ses pensées

Lianes autonomes mais encore emmêlées

de choses du réel : parois de pierres sèches

empilées, cigales consolantes mimant

le mauve élancé des écailles de l’éternité

Aussi le datura agitait le silence laiteux

de son parfum dans ses cloches entêtantes

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Passait la fée aux mains vertes Mince

et légère comme un fil de la Vierge

presque sans que ses pieds touchent terre

Elle arrangeait ses fleurs entre rouge et bleu

La lumière dans son dos ruisselait jusqu’à

ses reins à la faveur de sa si longue chevelure

Le mimosa géant qui occupait l’angle du mur

pour ses grappes s’efforçait au même ambre-feu

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La maison consentait par ses fenêtres ouvertes

à voir entrer et sortir d’incessantes hirondelles

Psychédélique un caméléon suspendu à la vigne

vierge du porche fixait de ses yeux divergents

l’enfant fasciné par sa queue en spirale et sa

langue-éclair escamotant les mouches avec

l’habileté d’un prestidigitateur Une autoroute

de fourmis circulait à la verticale le long du pilier

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L’ancien jardin s’enlaçaient au lierre tes pensées

(Ce sont démons et non des anges qui t’en ont chassé)

 

 

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Publié par : xavier bordes | 15 juillet 2017

D’un lieu infiniment commun 


D’un lieu infiniment commun 

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Ton sommeil, plaisant moulin des rêves

que reflètent les eaux luisantes du Nord,

quitte-le, ma belle ! Il faut que tu te lèves,

pour désankyloser ton joli corps…

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Vois le jardin touffu de roses, ma gracieuse :

dans les grands arbres le soleil t’attend,

perché comme un phénix à l’aile lumineuse.

Vers tes cheveux blonds son rayon se tend.

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Il t’a reconnue, toi, cousine exquise

des divinités qui peuplaient l’azur

aux temps fabuleux où la moindre brise

était le soupir d’amour d’un coeur pur !

 

(1988)

Publié par : xavier bordes | 15 juillet 2017

Lied désabusé


Lied désabusé

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Le vent brasse les feuillages et nos souvenirs

Au loin emportant leur lumière

comme théorie de voiliers au large sur la mer

sourire blanc sur l’horizon crépusculaire

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Non Ne reparlons plus de nos coeurs déchirés

dont au loin des bribes s’envolent

tristes passages d’un mauvais roman pour âmes folles

Que croire Ce ne sont qu’illusions en paroles

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Ici-bas rien ne survit hormis nos désirs

pareils aux galets qui empierrent

le lit transparent et constamment fuyant d’une rivière

où se regardent les narcisses au parfum amer

 

 

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