Publié par : xavier bordes | 19 septembre 2018

Stéréoscopies


Stéréoscopies
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Les images de ce que le Moloch du temps a dévoré,
comme elle deviennent précieuses à mesure
de leur ancienneté : je revois Samarkhande
en photo sur ces lames de verre d’une vieille
petite visionneuse stéréoscopique en bois verni
et vis de cuivre grâce à quoi mon arrière-grand-père
avait gardé les souvenirs en noir et blanc
de l’un de ses voyages fascinants en Orient…
Parmi tous les clichés dont l’illusion de relief
était parfaitement au point (certains en partie,
hélas, brisés par des générations d’enfants peu
conscients de ce que pouvaient avoir d’unique
ces fenêtres sur un monde pour eux périmé)
celui qui m’a rétrospectivement le plus frappé,
c’est le panorama de l’Acropole d’Athènes, vers
1850, dont on aperçoit les ruines enfouies sous
les ronces et les herbes folles, en haut d’un
vague sentier qui serpente entre des oliviers
rabougris, jusqu’aux propylées mangés par
une végétation jamais vue sur d’autres photos.
C’était vers la même époque, me semble-t-il,
que Flaubert avait voyagé à l’est. Mais point,
comme mon arrière-grand-père, pérégriné au
Turkhestan russe et au-delà, en ces déserts
ravagés et ces caravansérails nappés de poudre
rouge où, debout au milieu d’un foutoir inouï
de ballots, d’outils, cuirs, fourrures, ustensiles
exotiques aux formes biscornues, parsemé
d’humains enturbannés en robes blanches
ou sombres, blatéraient de grands chameaux.

 

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Publié par : xavier bordes | 18 septembre 2018

Antimonde


Antimonde
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La cabane de bois argenté par le soleil
c’était là que nous trouvions refuge ensemble
Un grenier sur pilotis qui servait sans doute jadis
à entreposer du foin, désormais inutilisé,
excepté des hirondelles sous le toit maçonnant
leurs petits bols de glaise suspendus en guise de nids
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Au dehors les bois bordaient la prairie en pente raide
qui prolongeait sa coulée d’herbes jusqu’au fond de la vallée
En amont le cristal bleu de l’Alpe dans la fournaise de midi
qui voilait de brume d’été l’éclat de neiges adhésives
Partout alentour une variété de chants d’oiseaux inouïe
qu’on n’entendrait plus ensemble aujourd’hui
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Les parois de bois ponctuaient de craquements
chaque nouveau degré d’élévation de l’astre du jour
tandis qu’il gravissait les dix-neuf marches de l’Août
Ça sentait le sapin chaud et l’excitante salive de fille
lorsqu’on s’essayait maladroitement, corps à corps,
en des ébranlements fous, à nos premiers baisers.
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(2010)

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Publié par : xavier bordes | 18 septembre 2018

 En désuétude


 En désuétude
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Il m’arrive d’écrire encore en vers
et moins contre tout – que pour tout
quoique je sache fort bien à quel point
c’est inutile et démodé puisque la mémoire
de la mer de moire, d’un drap d’écume
incessamment couvre et recouvre les images
dont les clichés du reflet ornaient la surface
jusqu’au renouvellement bondissant
de la lumière ce fluide clan de dauphins
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Priorité pourtant comme toujours au rêve
qui balance là-haut avec au vent les corymbes
des pins immenses dont collent les larmes d’or
lorsque le front contre leur peau de crocodile
ocreuse, un vieil enfant vient apprendre
des cigales à quelle stridence on reconnaît
le grinçant passage du Temps, avant que
d’un tronc à l’autre un pic-épeiche annonce
à tous les échos quel sera le martèlement
final Celui que les intéressés n’entendent jamais
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Qu’importe ! En secret je déploie le 19 envers
et contre le destin J’entre au Jardin des orangers
Chaque fruit recèle en lui le riche feu d’un souvenir
Que m’importe si l’on se moque de mon univers-
au-sein-des-mots, réconcilié par le regard aigu
du phénix de cristal où s’empourpre l’aurore !

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Publié par : xavier bordes | 17 septembre 2018

Aleph…


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Aleph…

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Après avoir ouvert les huit rayons du levant, une mouette,
du plus haut de la mer revient alerter la ville stagnante…
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En bon provençal, je connais le nom qu’elle crie et recrie
à l’envi. On ne le peut prononcer qu’en langage d’oiseau !
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Un nom aussi limpide qu’une rose de verre diapré
quand la lumière a pénétré l’obscur d’un sanctuaire ;
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Indestructible, la voici de profil, évoluant dans la nuée
d’un doigt illuminant les flancs prasins de la montagne ;
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La vague indéfiniment renouvelle son écume de minutes ;
Indéfiniment seul, je chante sa Présence aux cheveux d’or !
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Parfum de mimosas mêlé aux effluves du pin sylvestre,
en Elle tout me fait rêver d’amour, d’Éden et de miracles.
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Ce qu’elle donne à profusion est entretissé de silences.
Que ce soit en désordre ou non, j’en consigne la gloire.
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Publié par : xavier bordes | 17 septembre 2018

La solitude du phacochère


La solitude du phacochère
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Malgré nous et sans nous demeurera la beauté de la Terre :
celle du Cosmos avec ses astres irisés, ses globes, Saturne,
Titan, Mars, Jupiter, Uranus, Neptune, colorés d’une façon
stratifiée qui m’évoque les carrières d’ocre à Roussillon…
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La vie qui a commencé sans nous s’achèvera sans nous
après des millions d’années car même les microbes, pour
survivre, sont beaucoup plus malins que nous et capables
par trilliards de trilliards de contaminer jusqu’aux étoiles !
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Hélas pour chacun de nous, seul contre tout et tous, l’individu
n’a pas la moindre chance de résister aux âpres conditions
qu’impose l’univers : la vie non solidaire de la vie, s’éteint.
Malgré nous et sans nous demeurera la beauté de la Terre.
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Publié par : xavier bordes | 17 septembre 2018

Instantané


Instantané
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Amusants ces artistes qui refusent de composer
ce qu’ils exposent – un tas de charbon, le contenu
d’une poubelle – pour dire leur révolte contre l’Ordre
alors même que le hasard régit toute chose de ses
règles occultes ! Sorte de romantisme contemporain
qui, docile à une mode bien établie, prétend à l’anarchie
pour satisfaire les bourgeois-bohèmes qui se croient
révolutionnaires alors qu’ils ne sont qu’ados prolongés !
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La révolte est dans l’air du temps, manifestée par
de grands gestes de girouettes, par des clips baroques
où des Don Quichotte réinventent les moulins à vent !
Lorsque plus personne n’a la moindre idée d’où va
s’écouler le fleuve de lave lors de l’éruption probable,
réduites à une sorte de folle insouciance, les foules
de l’Âge d’Or s’étourdissent en dansant sur le Volcan.

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Publié par : xavier bordes | 17 septembre 2018

Clin de charme


Clin de charme

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Le petit Ezra s’approche, prend ta main.
Et
son sourire te force à vivre.

 

 

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Publié par : xavier bordes | 17 septembre 2018

Voyageur sans bagages


Voyageur sans bagages
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Les dentelles du littoral s’allument au soleil du Maroc en communiquant leurs feux aux fleurs du citronnier d’un jardin enfoui dans le temps avec la minuscule tombe de notre canari si bon soliste qu’on l’avait baptisé Sibélius.
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Il faut enfermer le passé dans une boîte en fer, les vieilles photos, les anciennes lettres d’amour tachées des efflorescences de larmes oubliées, les petits objets liés bêtement à d’infimes événements qui serrent le coeur.
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Un vieux bouton doré qu’orne une ancre de marin. Un fragment de foulard en soie déchiré. Un bizarre galet trouvé au bord de l’océan, et que la nature a sculpté en forme de grenouille accroupie. Un vieux ticket de métro troué…
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Celui de notre première rencontre. Épinglé à la note de bar du Lido, où ton éblouissante beauté m’attendait. Assise à l’écart. Comme vous avez de la chance, n’avait pu se retenir de s’exclamer la serveuse à qui je commandais une « pression ».
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Tout ceci, à metttre dans un trou, accompagné de tes livres, de tes tableaux, des numéros de la revue que tu dirigeais, où tu publiais des poètes. Des images aux joues rougies du moussem des fiancées parmi la splendeur perdue des aurores de l’Atlas.
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Il n’y a que les vivants pour emporter quelque chose avec eux lorsqu’ils changent d’espace. Toi qui en es presque réduit à un assemblage de mots, sur du blanc si mince que la moindre flamme réduirait le tout à une nuit recroquevillée, à quoi prétendrais-tu ?
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Vieillir, c’est de plus pouvoir aider personne, soi-même encore moins. Parce que la « réalité » est devenue tellement irréelle qu’on ne la comprend plus. Quand à ce long cheminement du temps jusqu’à l’instant présent, il n’en reste que mirages de mémoire.

 

 
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Publié par : xavier bordes | 16 septembre 2018

Fiction manquée .


Fiction manquée
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L’homme à la fenêtre du quatrième,
sur son étroit balcon, qui prend le soleil
le matin lorsque le ciel n’est pas divisé
par d’errantes nuées avachies et lentes,
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c’est, je crois, un artiste. Il a les cheveux
très longs et très noirs dans le dos, une face
émaciée que l’on dirait taillée à la serpe
dans du bois de sipo. Il vit là depuis longtemps.
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Il circule toujours dans Paris en bicyclette.
Ma grand’mère l’aurait dit « maigre comme
un coucou ! ». À l’évidence son travail
l’occupe tout le jour. Ignorant quel métier
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il exerce, laissant à mon imagination
la bride sur le cou, si j’étais doué j’en ferais
le personnage énigmatique et coloré d’un roman.

 

Publié par : xavier bordes | 15 septembre 2018

 Pneuma


 Pneuma

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L’air en courant passe en revue
les fleurs sans savoir quel parfum
mérite qu’on l’offre à la nuit
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Quelques mois plus tard il brasse
les couleurs des feuilles mortes
soulève la plus cramoisie
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qu’il repose pour l’or d’une autre
un peu plus loin abandonnée
en faveur d’un autre désir
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Le vent frivolant le vent fantasque
Le vent qui ne sait pas choisir
et qui se moque bien des masques

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