Publié par : xavier bordes | 5 juin 2019

Les yeux ouverts


Les yeux ouverts
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Il se trouve que depuis un ou deux lustres
le monde qui est le tien est assombri – tel
un sommet ensoleillé que lentement obscurcit
et cerne un nuage – par la Multiple Menace
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Te te sens pareil à un oiseau fourvoyé au piège
d’un embrouillamini de ronces pour s’être
laissé attirer par une grappe de baies exquises
Chaque fois pour s’échapper on s’y ensanglante
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Il te semble tout d’un coup que chaque décision
prise dans ton passé fut une erreur d’aiguillage
Pourtant si tu retournais dans ton état mental
de l’époque tu referais la même aussi conscient
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qu’en ce temps-là des douleurs que tu te préparais…

 

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Publié par : xavier bordes | 4 juin 2019

Fugace fraîcheur argentée


Fugace fraîcheur argentée
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Un instant voici l’éclaircie entre les mélèzes
et les nuages complices pour ouvrir un étang
au soleil dont les milliers de doigts vont
au fond de l’eau titiller le silence des carpes
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Bonjour, c’est moi, dit-il, dis-je aux verdiers et pinsons
qui s’empressaient autour de la clairière ce jour-là
Du moins feignais-je de m’en convaincre en sachant
parfaitement que c’était jeu taciturne avec moi-même
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Un aubépin piquant au débouché du sentier se prenait
pour une constellation J’appréciais la pénétrante
odeur de clitoris de certaines fleurs un peu fanées
Comme une exhalaison vitale de notre dame Nature
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Pour un peu je me serais attendu à voir débouler
près d’une nymphe en train de tâter l’eau un faune
aviné aux lèvres cramoisies et crinière cornue prêt
à batifoler jusqu’aux « derniers outrages » priapiques
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Rien cependant sinon l’invisible du vent qui venait
cueillir dans mes cheveux sa fraîcheur comme si,
par d’immémoriales visions fécondée, elle émanait
d’une imagination que la parole transcrite éternise…

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Publié par : xavier bordes | 4 juin 2019

Mythologie


Mythologie
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Comment trouver la force de caractère
pour regarder ailleurs – mais où ? – lorsque
l’on voit autour de soi comme au-delà de l’horizon
tout ce qui fut notre arbre-monde s’effondrer
peu à peu cédant radicelle après radicelle
jusqu’au complet détachement prévisible
sitôt que surviendra le dernier orage
Même le rire de la Valkyrie s’éteint
qui volait, cygne blanc, au-dessus des combats
du temps où son amant luttait seul contre tous
Et s’il reste un soleil son éclat pourpre
est d’un sang qui n’est plus le nôtre

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Publié par : xavier bordes | 3 juin 2019

Papillon blanc


Papillon blanc
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Une gare en pleine forêt – j’imagine ainsi
la Halte : une gare en pleine forêt avec sur le quai
une petite fille blonde en robe blanche
qui attend on ne sait quoi en chantant et sautant
à la corde Un oiseau bleu peut-être
ou quelque train rouge et noir improbable
à voir comme ce lieu sévère et charmant à la fois
paraît désaffecté Sombres alentour les sapins ont grandi
certains même ont envahi l’ancienne route
et près de la voie-ferrée rouillée des pousses
émergent d’entre les pierrailles du ballast
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Si l’on prolongeait jusqu’à l’endroit en Y
où bifurque une voie de garage parmi les épais buissons
on trouverait sans doute quelque locomotive
abandonnée qui réjouirait mon petit-fils
Pour un peu il y aurait même une paire 
de wagons aux vitres brisées à la peinture écaillée
Sur les sièges avachis les derniers magazines
laissés par les derniers voyageurs y moisiraient encore
couvertures aux photos pâlies par les saisons
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Comme Ezra finalement j’aime les lieux abandonnés
Tout y semble plus beau quand c’est reliques de présences
silence des oiseaux et de la lune dans les arbres
avec – qui voltige au fil d’une comptine
d’un coin à l’autre du quai délaissé par le temps –
une petite fille gracile et fantasque ainsi qu’un papillon blanc

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Publié par : xavier bordes | 3 juin 2019

Sans Moi


Sans Moi
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Mais où s’enfuit, mais où
s’enfuit cet oiseau transparent qui pleure
Redoute-t-il, redoute-t-il
un tremblement de coeur
Une sorte d’immense frisson qui secouerait
l’âme en ses plus fines ramifications
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L’ébranlement qui secoue la pensée,
qui en propulse l’écume illusoire
jusqu’aux rivages du néant
Là où vous quitte tout ce qu’on aime
où l’on finit comme un squelette de bois flotté
mais impalpable comme un souvenir de rêve

Publié par : xavier bordes | 2 juin 2019

Dimanche 2 juin 2019


Dimanche 2 juin 2019
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Non ! Je n’écoute pas le soleil dehors
qui perché au touffu du grand bouleau
à contre-jour en grattouillant du bec
s’épouille des derniers morpions de nuit
encore cramponnés sous son radieux plumage

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Qu’importe s’il craille et craille
comme une corneille
de peur de passer inaperçu
tandis que remonte ébloui le volet roulant
pour qu’Aïlenn les yeux fermés
dans son nid de draps embrouillés de blondeurs
d’où s’échappent ici et là genou bras épaule nue
(Des autres charmes je me réserve la vue)
alertée par l’odeur du café se retourne, s’étire
et me sourie en clignant ses yeux d’eau verte

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car ici-bas je préfère au phénix des matins ma douce
fée-nixe à moi dans la minute où sa beauté s’éveille

 

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Publié par : xavier bordes | 2 juin 2019

Désagréable lucidité


Désagréable lucidité
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L’attention que beaucoup d’amis poètes    accordent à toutes sortes de détails du monde contemporain    indistinctement dans leurs écrits, divers événements insignifiants en côtoient d’autres décisifs pour l’avenir du vivant    me plonge, comme on dit, dans des abîmes de réflexion
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J’en retire que le détail inscrit dans chaque texte    pour acquérir une teneur « poétique » se doit de receler un essentiel    non-dit mais intensément pressenti    afin que le lecteur apporte sa part de création qui fera le poème « poème »    et qui forme au-dessus de lui cette sorte d’aura troublante
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par la grâce de laquelle on entre-sent ce qui est dissimulé    on entrevoit de l’ineffable    au-delà de notre perception habituelle d’un environnement matériel    et de la création du monde personnel qui pour nous en résulte    Cependant il faut reconnaître ici que si l’on n’accède pas à cette magie du langage
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ce que l’on appelle « poème » par pur orgueil et besoin de survie, lorsqu’on ne se supporte pas en tant qu’humain anonyme, au-milieu de l’anonymat de milliards d’autres    ira rejoindre la grêle saisonnière de livres destinés à nourrir de leurs vers    les amateurs nommés vrillettes, poissons d’argent et autres bibliophages…

 

 

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Publié par : xavier bordes | 2 juin 2019

Perte d’inconscience


Perte d’inconscience
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L‘ardoise bleu-pastel du toit de la montagne
s’orne d’un panache digne d’un volcan
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Le ciel refuse partout ailleurs qu’aucune vapeur
aux allures de meringue ne se condense
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Touchantes batifolent et gaîment se culbutent
dans les hauteurs de l’air deux tourterelles
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Qu’il serait apaisant pour l’âme d’éprouver
la même roucoulante insouciance ailée
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Impossible pour moi d’élucider pourquoi
je suis hélas bien incapable de les imiter
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Pouvoir oublier le passé comme l’avenir
au profit de la seule minute présente
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quelle bénédiction ce serait – Analogue à
plonger, l’été, dans la fraîcheur de la mer !
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Publié par : xavier bordes | 1 juin 2019

Vers l’Avenir en chantant


Vers l’Avenir en chantant
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À l’évidence, il faut oeuvrer avec sérieux.
Ce n’est pas le moment de faire de l’humour
dans les difficultés où nous sommes…
Chacun doit consacrer son énergie entière
au Plan : il n’y a pas de place pour le luxe
d’en gaspiller en rigolade, fût-ce une miette.
N’oublions pas que nous sommes au XXIème
siècle et que tout se joue maintenant !
La Parti attend de chacun qu’il joue son rôle
en donnant le maximum pour réussir…
Les individus, les personnes, les préférences,
les sentiments, toutes ces balivernes
des sociétés décadentes sont concepts
obsolètes. Nous sommes une Collectivité
Planétaire qui doit mobiliser ses forces,
toutes ses forces, vers le But sans dévier.
À notre grand regret les déviants seront
sévèrement châtiés, car la situation est telle
que nous ne pouvons pas consentir
à compromettre l’Avenir pour une poignée
d’individus, quelles que soient leurs excuses,
qu’ils se disent « artistes », « écrivains »,
à fortiori « poètes » : ce à quoi dans le passé
se référaient ces mots n’a désormais plus cours.
Une seule pensée, le Grand Bond en Avant ;
un seul Peuple, un seul Parti, un seul Inspirateur.

Publié par : xavier bordes | 1 juin 2019

Calembours de trente-six mille habitants


Calembours de trente-six mille habitants
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« Si t’es gai, ris donc, mais si t’es pas gai, rame ! »
Ce calembour qui ravissait mon grand’père
m’a toujours semblé receler un sens caché.
Les grands-pères sont souvent détenteurs
de phrases énigmatiques dont on ne détecte
la teneur en sagesse que tard dans la vie…
J’attends qu’Ezra ait encore un peu grandi
pour lui transmettre cet héritage séculaire :
je ne voudrais pas qu’il passe à côté d’une
formule précieuse ni qu’il pense comme Hugo
que les jeux de mots sont à prendre à la légère !

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