Publié par : xavier bordes | 15 novembre 2018

Ramble en automne


Ramble en automne
.
J’espère un dernier jour dans le brouillard d’automne
revoir brouter des vaches par les frais matins
sous les poiriers ou sous les pommiers d’ors éteints
entendre encore au pré les clarines qui sonnent
.
Deux-trois corbeaux lustrés qu’on dirait échappés
en croassant d’un vieux flacon d’encre de Chine
agripperaient là-haut la branche la plus fine
affichant le profil crâneur des rescapés
.
Il y aurait aussi la vague silhouette
du vieux père Morel une fourche à la main
comme près du fumier je l’observais gamin
en train de décharger sur le tas sa brouette
.
Les hommes vers midi tout le jus écoulé
jusqu’à finir en goutte à goutte de clepsydre
démoulent les tourteaux hors du pressoir à cidre
Bientôt pour le repas on va les appeler
.
Penchés autour de la pesante table en chêne
Le picrate versé, chacun rompra son pain
pour saucer à la fin le civet de lapin
qu’ils voient fumer dans le grand plat de porcelaine
.
Au soir on entendra que piaffent les chevaux
tandis que l’on remplit leurs mangeoires d’avoine
à l’heure où le couchant aux rougeurs de pivoine
achève son périple et par monts et par vaux
.
Le maréchal-ferrant laisse-là son enclume
Dans la soue a couiné un porcelet grognon
Moi vers l’horizon noir qui sent le champignon
en claudiquant je vais me fondre dans la brume

 

 

.

Publicités
Publié par : xavier bordes | 14 novembre 2018

Émutisme


Émutisme
.
Fils ou fille, à propos de nos enfants
la parole s’étrangle
On voudrait ne pas leur être un boulet
ni non plus qu’ils nous oublient
Ce serait tellement mieux pourtant
qu’ils s’envolent à travers leur vie
librement sans souci de nous
ni sans souffrir de notre course
pantelante vers l’Inévitable.

Publié par : xavier bordes | 14 novembre 2018

Artisanat


Artisanat
.
Bien sûr, à côté des véritables « grands poètes » – auxquels soit dit en passant je ne comprends pas souvent grand’chose – mes écrits ne sont que fumées au moindre soupir dissipées….
Qu’opposer à ce constat ? Rien. Je ne puis pas même justifier ce qui m’aura tellement obstinément imposé des travaux littéraires pour lesquels je n’ai jamais eu le sentiment que j’étais fait.
Jamais la plénitude, aussi fugace soit-elle, d’avoir réussi quelque chose ! Jamais de véritable récompense, jamais de lumière sons ombre. Plutôt le constant remords d’avoir saboté les offres du hasard.
J’aurai dû vivre une vie entière avec la moitié du capital énergétique dont tous sont largement équipés à leur naissance. Remonter à contre-courant un fleuve qui constamment menaçait de m’emporter.
Il se pourrait que finalement ce soit écrire – force du désespoir – dont le mascaret d’encre m’ait fourni ce rien grâce auquel, jusqu’à ce jour, je réussis à surmonter ce qui veut m’entraîner vers l’aval.
Il me revient de temps à autres le vieux rêve où je me vois artisan-luthier, ou fabricant de flûtes, ou facteur d’orgues. Conscient qu’il fait nuit, que je dors, je fais durer tant que je peux le songe en esquivant l’éveil.
Je me dis qu’au fond ce n’est pas la création d’oeuvres plastiques ou musicales ou littéraires qui m’aurait comblé, mais la création des instruments les plus affûtés, les plus dociles au vouloir des vrais créateurs.

 

.

Publié par : xavier bordes | 14 novembre 2018

Incendiaire évidence


Incendiaire évidence
.
Les choses sérieuses qui tracassent les gens ne sont pas celles
qui me semblent les plus graves
Moi je ne suis pas intelligent et je ne comprends même pas
ce que veut dire « politisé » par exemple
Ce que je comprends un peu – mais mal – c’est le cosmos
c’est l’animal c’est l’humain et son absurdité
Je ne crois pas que la nature soit « politisée » Je crois
seulement qu’elle va se venger impitoyablement
Elle sait que tout germe de pitié à but déculpabilisant pourrira
l’humanité du monde jusqu’à totale décomposition

.

Publié par : xavier bordes | 14 novembre 2018

Fin d’automne


Fin d’automne
.
Une pierre hurle à l’angle du vent
On respire l’humidité dans l’air
Parmi des touffes cristallines
de fougères et de tanaisies
la lumière s’égare sur les vitres
.
Sous l’empire d’un bleu terrible
deux nuages se recroquevillent
On sent que le froid de novembre
s’insinue en commençant par
l’ombre des maisons et des arbres
.
Un soleil baveux à spire d’escargot
rampe sur les feuilles en suçant
le vert qui rougit puis jaunit et sèche
Les joues d’Aïlenn aussi rougissent
mais demeurent tièdes et fraîches
.

Publié par : xavier bordes | 13 novembre 2018

Relativités


Relativités
.
Il cherchait le sens caché des choses, comme les plus acharnés lecteurs, le secret des mots par lequel un Hermès mime la « nature ».
.
Le véritable secret reste insoupçonnable, à jamais préservé par son évidence aussi bien d’apparaître que de disparaître.
.
Un clin d’imagination est nécessaire pour faire exister ce qui est. Faute de quoi, point de réalité !
.
L’amour vrai réalise. La haine irréalise. Même la plus violente n’est pas capable d’accéder au vrai.
.

Publié par : xavier bordes | 13 novembre 2018

Grosse fatigue !


Grosse fatigue !
.
Elle m’accable, la bêtise de notre humanité :
humanité dont chacun nous sommes, avec
en nous le même potentiel de dissensions
et de dissidences que le plus critiquable
de nos congénères. Tel – qu’on n’imaginait pas
auteur d’un crime – massacre père et mère.
Tel autre, patibulaire, à la carne d’apparence
épaisse et rude comme cuir de rhinocéros,
se révèle apte à dispenser des trésors
de tendre délicatesse… Ce peut pourtant
être le caractère bifide d’un unique individu.
Le meilleur quelquefois, mais plus souvent
le pire, la hideur en général et rarement
la splendeur, le Laid en abondance et quasi
maternel, le Beau avec parcimonie et presque
exceptionnel – en bref tous les possibles
en chacun réunis, laissant encore pour
un temps le monde en suspens quant aux
prophéties les plus sombres concernant sa Fin.

Publié par : xavier bordes | 12 novembre 2018

Alchimie hivernale


Alchimie hivernale
.
Un hiver beau comme une Venise en cristal
dont un enfant aurait plein les bras pour
l’offrir à la Musique ou encore à la Poésie
.
Princesse à délivrer d’un invisible château
truffé de donjons que seuls peuvent voir
.
et décrire en orbes planés goélands sternes
balbuzards et autres fans des mers dont l’oeil
repousse l’horizon Et la plaintive châtelaine
.
penchée aux créneaux du futur scruterait
sur la plaine l’approche enfantine où miroite
.
le lustre du présent Et l’hiver péniblement gravirait
la vis sans fin qui s’enfonce dans les hauteurs
de la tour d’ivoire jusqu’à la nuit qui l’attend

.

Publié par : xavier bordes | 12 novembre 2018

Sur la création en poésie et en général


Sur la création en poésie et en général
.
Le poète est un nain qui regarde son monde avec les yeux d’une géante, sans doute est-ce pourquoi p o e t a se déclinait sur r o s a du temps de Virgile.
.
Un poète est un enfant suffisamment cruel pour ne pas tricher avec sa langue maternelle, non plus qu’avec rien ni personne d’autre.
.
Ils prenaient pour un refus éthique de mentir ce qui était une infirmité : la seule réalité qu’il apercevait du monde, c’était sa frêle vérité de poète.
.
Même en ayant appris que les nuages n’étaient pas d’ouate mais tenaient de la vapeur leur duveteux, il les s e n t a i t toujours en coton.
.
L’essence du poétique est ce qui fonde l’art des œuvres, d’une sonate de Schumann : l’objectivation d’une âme extrêmement singulière…
.
Certaines œuvres sont issues d’une envie de plaire qui exténue leur singularité, si bien qu’assez vite elle passent de mode, à jamais.
.
Plus un créateur prend le risque d’une œuvre singulière, plus tardive est en général la reconnaissance des humains – si elle vient !
.
Une œuvre n’est pas reconnue ? – C’est qu’elle est banale, ou n’était indispensable qu’à son créateur en ce qu’il avait de moins humain.

.

.

Publié par : xavier bordes | 12 novembre 2018

Métamorphose postmoderne !


Métamorphose postmoderne !
.
Il y avait ce poème de Tzara déclamé
à la radio par un acteur (célèbre en 1960)
dont aujourd’hui le nom m’échappe
.
Sept mots m’en sont restés en mémoire
« Sur le chemin des étoiles de mer »
Finalement j’ai retrouvé grâce à l’Internet
le texte intégral qui a l’aspect d’un très long
délire où le plus émouvant côtoie des bizarreries
à la mode dans les années 30 du siècle passé
.
Quel bonheur Quel élan Quel joyeux délire
ce devait être d’écrire quand on était dadaïste
On pouvait énoncer n’importe quoi et tout était beau
La « génialité » en ce temps-là touchait n’importe qui
.
À présent je relis non sans perplexité ce poème oublié
.
Il ressemble à ces torrents de mots qu’on écrit
dans l’enthousiasme d’une liberté qui laissera le sens épars
froidir de sa fusion chaotique et se coaguler tout seul
pour devenir un monument incompréhensible et mythique
définitivement maçonné dans la muraille littéraire
que les siècle dressent en face des téméraires
.
Un mur d’histoire à escalader Un long chemin à parcourir
Chemin de ceux qui – pour avoir fait de poésie un but –
en braises ont changé ce qui fut la fraîcheur des étoiles de mer

.

Voir éventuellement :

Sur le Chemin des étoiles de mer

.

Older Posts »

Catégories