Publié par : xavier bordes | 23 septembre 2017

Dans les marges du Temps


Dans les marges du Temps

.

Finalement on pourrait penser qu’il n’y a que le fleuve       forge d’un souffle que couvrent les rumeurs de la journée       à marteler dans la nuit       les lames miroitantes de nos songes       qui demain seront paroles       d’on ne sait où surgies

.

Les risées seules vers la source       quelquefois régressent       mais jamais la transparence        qui toujours davantage se joint et se fond à d’autres transparences sans retour       au fil des saisons       dont en vérité le cycle est un mirage

.

Ces fêtes, ces refrains       ces rites qui se veulent sacrés       telles les bulles en lesquelles Bosch représentait les Amoureux hors du Temps       réfugiés dans la jouissance de leurs nudités réciproques       tout cela ne vise à rien d’autre

.

qu’à rendre aux Inéluctablement Mortels l’illusion et l’oubli      indispensables pour rester campés sur la Terre       debout       à l’instar sur les pentes       des arbres d’une forêt sombre qu’attire la neige       face à la bourrasque et ses pluies acides

.

Ah Lumière au tranchant des crêtes       tantôt acier azuré tantôt bouquet de vieilles roses       ou encore théorie de pénitents fantômes par les nuits de pleine lune       Lumière que m’enseigna le pays qui m’a vu naître       aujourd’hui disparu       tu vois

.

je reste inconsolable       de poème en poème       à la manière de ces oiseaux tristes qui volettent sans conviction d’une ramure à l’autre dans la solitude des automnes       en lançant de temps en temps un pauvre cri désolé       plein de désarroi

.

Sur les rivages de lointains outre-mers       tous leurs semblables déjà se sont envolés       Ceux du moins qui avaient la rémige longue et forte       et qui volaient en V avec la discipline collective et la vigueur insensée      qu’exigeait leur Vie…

.

Quant à la jeune beauté       à voix suave d’aéroport et démarche de sylphe      dont tous les passants admiratifs s’accordaient à lui trouver du chien       elle continue       aisée, gracieuse       d’arpenter l’arrière-cour de ma mémoire       avec sa blondeur éternelle et sa silhouette d’Aphrodite sortant de la mer…

 

.

Publicités
Publié par : xavier bordes | 22 septembre 2017

Pensée d’Octobre


Pensée d’Octobre

.

Et si la Belle au bois d’or

ne mentait pas – l’arbre

à l’aubier blanc en lequel

printemps après printemps je m’ente ?

S’il ne cachait pas la forêt

avec ses beaux animaux soyeux… ?

Si demain, des brumes elle surgissait

ainsi qu’une source au regard de cristal ?

Si, en place de faux, c’était la lune

qu’elle portait sur son épaule nue ?

Si elle chantonnait les refrains de la mer

en enveloppant d’écume sa verdeur ?

Ah Beauté que tu puisses être le vertige

musical de l’abîme en lequel

on ne tombe jamais !

 

.

(2016)

Publié par : xavier bordes | 22 septembre 2017

Âme


Âme

.

Ah – si l’on pouvait se fuir en se laissant

derrière-soi tel un tégument de mue inhabité !

.

Mais bien sûr cela est impossible : partout

l’on emporte l’entier fardeau de soi-même

.

Voyageuse, voyageur, n’essayez pas d’oublier

La seule chose qu’on peut perdre c’est l’âme…

.

Elle laisse un vide tellement vaste qu’on finit

toujours par rebrousser chemin pour la récupérer

 

 

.

Publié par : xavier bordes | 22 septembre 2017

Celui qui ne s’aimait pas


Celui qui ne s’aimait pas

.

Être papillon avec une spirale

pour aspirer le nectar…

Oui ; mais il était éléphant

avec défense d’y voir.

.

Publié par : xavier bordes | 22 septembre 2017

Poisson d’or


Poisson d’or

.

Cyprin aux écailles de gloire dorée

girouette de ta sphère limpide

j’observe que tu ne comprends

pas mieux que moi la subite résistance

.

d’une invisible paroi qui limite

pour toi seul ce qu’au-delà tu aperçois

comme un espace infini meublé

d’une profusion de choses inidentifiables

.

La transparence en laquelle tu vis grossit

chaque détail de cet incompréhensible univers

que tout à tour occupent lumière et ténèbres

De troubles mouvements s’approchent puis s’éloignent

.

Mais tu ne peux que les suivre d’un œil rond et niais

 

 

.

Publié par : xavier bordes | 22 septembre 2017

Aναχωρητής


Aναχωρητής

.

Depuis le temps que les hommes écrivent

si peu nous en reste en mémoire

Cela donne envie de retourner dans la nuit

Celle du désert folle de l’éclat de ses étoiles

.

Là-bas le vent seul écrit au flanc des dunes

avec des rides parallèles qu’il efface aussitôt

grâce à l’envol frémissant d’une musique de silice

sitôt que s’allonge la traîne dorée de l’aube

.

Là-bas la lumière du dieu grave sur des omoplates

Ombre et décline lentement chaque rose des sables

Dissipe pétales et pensées ainsi que ces mirages

au-dessus desquels lévitent des cités hallucinées

.

Seul reste un noir guetteur droit dans le feu du jour

.

Publié par : xavier bordes | 21 septembre 2017

Soir sur le plateau


.

Soir sur le plateau

.

…Enturbian el camino

los rebaños

(F.G.Lorca)

.

Les troupeaux du soir perturbent les chemins

La pleine lune déjà mouline sa farine blanche

alors que sur le tranchant des monts le mauve

n’est pas encore éteint ni le rose sous les nuages

.

L’heure tiède souffle à travers les oliveraies

Bientôt les farfadets zigzagueront entre les cyprès

là-bas dans le petit cimetière où sont mes aïeux

Tandis que je rentre à la maison une source me suit

.

J’entends son gloussement musical derrière les buissons

Je la connais bien Elle a des yeux allongés d’égyptienne

qui bougent comme des poissons rouges dans l’eau pâle

Elle cligne d’un dernier reflet mais je ne la regarde pas

.

Je redoute sa pétrifiante innocence de Gorgone

 

.

(Caussols – Août 2000 – Paris 2017.)

Publié par : xavier bordes | 21 septembre 2017

Comme le vent


Comme le vent

.

J’ai tant rêvé, tant rêvé d’eaux pures

que mes jours en sont devenus transparents

Même mon ombre n’ose plus me cacher

la terre ni les pierres ni le moindre brin d’herbe

.

Le paysage paraît revenu à l’époque où je le regardais

avec les mêmes yeux que le petit Ezra aujourd’hui

Et si ce qu’il en dit parfois déconcerte l’entourage,

cela ressemble beaucoup à ce que j’en aperçois

.

Les personnes qu’il aime avec une émouvante

confiance prennent le visage de celles que jadis

j’aimais tant à son âge Le tunnel de cristal des années

rapproche mon passé comme un télescope les étoiles

.

À mes oreilles bruissent alors les anciennes voix aimées

Publié par : xavier bordes | 21 septembre 2017

Les abeilles


Les abeilles

.

Le vent infidèle en passant séduit les roses

et autres fleurs puis les abandonne

au rythme qui les balance encore longuement

alors qu’il est déjà loin

.

Certes il ne faut voir là qu’une de ces

métaphores sans génie dont j’ai le secret

Mais je préfère ma vision exacte quoique naïve

de l’univers à toute autre réaliste et faussée

.

La mienne repose sur la musique des mots

une sorte d’algorithme grâce auquel je soigne

en moi les plaies que s’infligent les humains entre eux

Une panacée qui embaume si bien que parfois

.

des abeilles viennent butiner dans mes brouillons !

.

(1985-2016)

Publié par : xavier bordes | 21 septembre 2017

Je ne peux que constater


Je ne peux que constater

.

À le dire instantanément ce que tu vis se met

à passer de l’être à l’existence comme on passe

dans le monde par – disons – la porte maternelle

Ou encore par l’opération du langage de la mer

.

Mystérieuse la brillante texture du sel mental

dont sont composés le site et la circonstance où

le mystère nous a jetés telles ces grives dans les vignes

qu’on entend chanter en se saoulant de grains fermentés

.

Ah l’on voit bien que tu écris ceci en septembre avec

pour arrière-plan l’odeur des neiges qui descendent

Tes plages de galets désertes se prolongent étrangement

jusqu’ici dans l’appartement et concurrencent le plancher

.

Comme il est émouvant de parler de naissance en automne

 

 

(1985-2017)

Older Posts »

Catégories