Publié par : Franciscus Bordus | 22 octobre 2019

La Verne


La Verne – (Var)
.
Abrupt et grave ce ton de lumière sur la pierre
nous l’avions reconnu
fleuri de chélidoine et d’orpin dans les interstices
enrichis parfois du parfum d’une giroflée
c’était le ton que cherche la poésie
parmi les arcades ruinées du langage des aïeux
Ce consentement sans conditions du vivant
qui s’ouvre au soleil selon le  o u i  de la fleur
tandis que la nuit se réfugie dans sa fécondité
minérale souterraine et pourtant étoilée
.
Repris de 1988

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Publié par : Franciscus Bordus | 22 octobre 2019

Ardeur


Ardeur
.
La pluie d’octobre fait briller
les dernières feuilles
doucement luisantes
.
Un enfant court
Son capuchon ruisselle de lumière
Rose son visage sourit

 

 

.

 
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Publié par : Franciscus Bordus | 22 octobre 2019

Après l’Éclipse


Après l’Éclipse
.
Écoute écoute bien petite source
la leçon du rossignol
.
Le vent soulève le tulle de la brume
qui retombe aussitôt
.
Écoute écoute bien petite source
la leçon du troglodyte
.
Lustre bien ta plume petite source
Que l’aube s’en éclaire
.
Le vent soulève le tulle de la brume
qui retombe aussitôt
.
Quand je serai mort petite source
arborant un crêpe noir
.
ta procession silencieuse mais
bavarde seule restera
.
(Le vent soulève le tulle de la brume
qui retombe aussitôt)

 

 

.

Publié par : Franciscus Bordus | 22 octobre 2019

Bergamotes


Bergamotes
.
La nuit en s’éloignant     derrière les monts dépolis     crache un dernier noyau lumineux     qui va rejoindre dans la mer     mille autres mues d’étoiles
.
À l’orient perle une aube fraîche     Elle dore la salive qui échappe aux gueules béantes des vagues     Illustre d’images inverses les bassins calmes      à l’abri des jetées

le long des quais où sommeillent à l’attache     les blancs voiliers d’été     Un seul est parcouru d’une silhouette sombre     occupée à remettre de l’ordre dans l’accastillage
.
Une matinée bleu-clair s’amorce      surveillée par les mouettes      chacune posée sur l’un des réverbère alignés       le long du front de mer où flânent        lumineux

deux amoureux matinaux main dans la main      tandis que progressivement les façades d’immeubles s’illuminent d’ambre      vitres tour à tour éblouissantes
.
comme si par l’effet de l’amour      le panorama tout entier était lentement changé en un titanesque amas de bergamotes      pour les délices d’enfants de géants encore endormis…

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Publié par : Franciscus Bordus | 21 octobre 2019

Le soir s’attarde


Le soir s’attarde
.
Broutant les monts cendreux
le crépuscule avance
rhinocéros de solitude
.
Des rameaux à feuilles sombres
lustrent sa corne ivoire, ô lune
défense unique de la nuit…
.
(J’ai tendance à penser
qu’au lieu d’élucubrer ainsi
je ferais mieux d’aller dormir !)

.
Des rameaux à feuilles sombres
lustrent sa corne ivoire, ô lune
défense unique de la nuit…
.
J’ai tendance à penser
qu’au lieu d’élucubrer ainsi
je ferais mieux d’aller dormir !

Broutant les monts cendreux
le crépuscule avance
rhinocéros de solitude
.

 

.

Publié par : Franciscus Bordus | 21 octobre 2019

Face à l’Inconcevable


Face à l’Inconcevable
.
Il m’arrive de penser
que j’ai l’âme en spirale
et que je l’habite à la façon
d’un Bernard l’Hermite
Moi : é t a n t  fini  Elle : ê t r e  infini
.
Si je vise à regagner l’Origine
je m’enfonce en un vertige sans fin
et si je cherche à trouver limite
à l’Expansion, l’espace noir se moque
d’une ambition si démesurée
que même les galaxies ne l’ont pas envisagée
.
Allons misérable bipède avale donc
ton café noir comme si c’était du jus d’étoiles
Contente-toi de faire tourner ton esprit
avec ce vrombissement de fronde que produit
ton langage aussi banal que bizarre
qu’accompagne à l’occasion
en dispersant le tapis sec d’octobre
ce bruit de pieds insolite
.
Reconnais cette klangfarbenmelodie :
c’est la musique même du vent
qui flagelle de sa pluie noire
les feuilles de ton hiver
.
Cette senteur d’eau mêlée d’argile
c’est celle de ta sueur de vieillard
à l’idée que tu es définitivement
incapable d’envisager que les choses,
les belles choses de ce monde, aient une fin

.

Publié par : Franciscus Bordus | 20 octobre 2019

Versatile


Versatile
.
Quoique passablement ascétique
et contente de peu mon âme
quelquefois acide
a ses tics
.
Elle aime les miroirs aveugles
qui couchés la nuit sont des étangs
aux yeux pleins d’étoiles
.
Elle déteste la motocyclette de l’aube
qui rage dans le virage
encaissé entre chênes et fusains
.
Lorsque ses sentiments
tournent au vinaigre elle s’envole
en quête d’un nuage en forme de cygne
.
Il arrive qu’elle trouve un aigle
aux serres d’éclairs pourchassant le vent
qui s’enfuit en abandonnant les cyprès
.
Une fois le monde apaisé
après l’averse elle ravaude là-haut
les lambeaux prussiques
du blue-jean de Dieu
.

Publié par : Franciscus Bordus | 20 octobre 2019

Survivance 17


58.
.
Ariane
.
Si tu perds le fil de l’étoile
du Nord
à quoi tient à travers le labyrinthe
toute ta vie
Tu risques de voir surgir le temps
Minotaure
.
(Instant dont on ne revient pas !)

.

59.
.
Métaphore filée
.
Une étendue d’eau grisâtre qui se fond
dans le ciel au-delà d’une île tapie sur l’horizon
Cette étendue ressemble désormais
à ce qui s’étend autour de ma vie
Un vague estran glauque affleure
brodé de concrétions où flue et reflue
le courant salé qu’éclaire fugacement
le blanc d’un nuage que regagne une mouette
.
Est-ce pensée criminelle que le sentiment
de n’avoir jamais eu vocation à vivre
Cette sorte de roulis qui fait mal au coeur
À babord la nausée – à tribord l’appétence
et l’ondoiement qui balance l’esquif du corps
imprimant pour un peu à l’esprit son vertige
(Dès le matin s’allumait le fléau de cuivre
d’une journée d’équilibriste sur le fil de la
riante Menace aiguisant sa faux imaginaire)

.
60.
.
Page ultime d’un monde
.
La pensée désormais n’est plus qu’un mur blanc
Un rectangle de marbre immaculé
Un pan de neige inviolée
Telle est la pensée où pourrait s’inscrire
avec la fluide agilité d’un poulpe ennuagé de son encre
chaque imperceptible fluctuation du vide
oscillant comme des fleurs que les abeilles
viendraient questionner sur l’amour
pour ne recevoir en réponse à leur pèlerinage
qu’un peu de poudre d’or sur leurs mantes brunes
.
La pensée désormais n’est plus qu’un mur blanc
à laquelle s’adossent les derniers poètes
en attendant qu’il soit taillé en une stèle
où seront gravés les noms de futurs tas de cendres
dissoutes peu à peu par les libations laiteuses de l’Oubli

.

 

======FIN=====

Publié par : Franciscus Bordus | 19 octobre 2019

Survivance 16


55.
.
Cécité
.
La musique dans les nuits
de mon esprit allume
des grappes de larmes froides
aurore boréale en suspens
ou Chant de la Terre qui finit –
ewig ewig ewig – dans un souffle
.
Sourde et basse, se dandine comme un
crocodile à l’abri des roseaux du Nil
la Menace aux suffocants remugles…
Sous le couvert sombre les amants
oubliés s’étreignent lèvre à lèvre
le coeur plein de violons imaginaires
.
À l’horizon violet vacille l’avenir
Où – le salut de notre vie créatrice ?
Où – la joie qui s’ouvrait au soleil ?
Où – la brise dans l’azur coeur du monde ?
Assidue à cultiver ses maux insensés
l’autruche Humanité ne veut rien voir
.

56.
.
Astre fidèle
.
Surprise ! Tu te rends compte à l’improviste
qu’inconsciemment tu guette autour de toi
sans relâche les signes de la Beauté
.
Le moins prévisible est qu’ils se camouflent
en certains cas par mimétisme protecteur
au-milieu des laideurs et des difformités
.
Sans doute est-ce que vulnérable est la Beauté
comme un aveu – que sa fragilité de cristal
redoute en bonne logique la brutalité moderne
.
Elle ressemble à une étoile ivoirine en suspens
au-dessus de l’amour Elle s’attarde sur les traits
les plus émouvants les plus ensorcelants
.
plaquant sur eux et tout ce qui existe la joie
d’une gloire indéniablement venue d’ailleurs

.

57.
.
Au temple du soleil
.
Jamais je n’ai retrouvé ce sentiment
L’ambiance chaude entre mes parents
occupés à leurs tâches du quotidien
La lumière paisible qui s’effeuille
L’odeur cirée des meubles anciens
L’aiguille brillante des eaux lointaines
par la croisée Nuages et monts bleus
traversent les yeux de la petite sœur
qui chantonne en dessinant du doigt
dans la buée qu’elle exhale sur la vitre
des faces dont les traits pleurent illico
Moi libre de ma journée j’observe
un temps son profil puis je retourne
peindre sur un drap des motifs incas…

 

.

Publié par : Franciscus Bordus | 18 octobre 2019

Survivance 15


49.
.
Perpendicularité
.
Cyprès triste barque d’ombre
visons le zénith de la mer verticale
.
Une étoile au crépuscule
s’allume et s’éteint sans cesse
.
Mon destin s’accroche à son éclat
par un transparent fil à pêche
.
Jolie compagne de mes nuits
tu veilles sur mes insomnies
.
Hisse-moi vers ton ciel obscur
Raconte-moi ce que tu sais
.
Est-ce vrai – la musique des sphères ?
Les astres teintés d’un feu de sang ?
.
Cyprès triste barque d’ombre
visons le zénith de la mer verticale
.
.
50.
.
Loin de La Fontaine
.
D’une part les chansons en micros
qui partout font des millions
de l’autre les chansons en poésie
qui n’intéressent personne
.
Un corbeau par la fenêtre
a protesté quatre fois
Crââ crââ crââ crââ
Je n’ai aucune idée
de ce qu’il veut nous dire
.
Le plus probable, il est vrai,
c’est que mes constats – plus
ou moins mélancoliques –
ne le concernent pas du tout

.
51.
.
Marteaux de cuivre ?
.
Ce taureau invisible
qui traverse la forêt en meuglant
qu’il a perdu (noire et blanche)
son Eurydice cornue
ce n’est que le vent effeuilleur
.
Octobre toctoque aux portes
comme un pic-épeiche cloue
aux troncs des avis de givre
à l’intention des derniers écureuils
J’ai l’âme éteinte comme une vitrine
glauque par un dimanche désertique
.
Ou peut-être plutôt que d’un oiseau
s’agit-il de mes fantômes avec des marteaux
d’ivoire en train de clouer un sarcophage ?

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