Publié par : xavier bordes | 26 août 2019

Stances d’un survivant


Stances d’un survivant
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Voici de nouveau l’heure noire Celle
Qui donne l’impression qu’on est
Captif au coeur d’une pierre chaude
De toute une journée d’irradiation…
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Que de rendez-vous avec soi-même
Lorsqu’une noirceur plus dense encore
Tient le sommeil à distance à la manière
D’un feu qu’aucun loup n’ose approcher
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Des prunelles d’or de temps à autre
Brillent en rôdant aux franges de l’esprit
Là où l’on ne sait quelle dose de réalité
Il reste à un réel empreint d’imaginaire
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On écoute les meubles discuter en leur
Craquant idiome quand ce n’est pas
Un moucheron à votre oreille qui insiste
Pour vous rappeler que vous êtes mortel
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Dans l’improbable cas où vous l’eussiez
Oublié durant la joie lumineuse du jour
Qui donne l’air d’un coquillage vide et vain
Au gouffre qui nous suit comme notre ombre
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Cette façon d’exister qui leste les ténèbres
Taciturnes convaincrait aisément la conscience
qu’au soleil les choses ne sont qu’apparence
Et que leur vérité ne saurait être que de nuit
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Publié par : xavier bordes | 25 août 2019

Cinquante ans ont passé


Cinquante ans ont passé
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Or nous parlions de ces larges rivières calmes
en lesquelles de fins arbres élancés se reflètent
plantés sur des rives minces comme des radeaux
entre lesquelles tremble un peu de ciel liquide
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Elle ne se souvient plus de sa voix ce jour-là
ni de ses paroles ni du lieu ni même de l’heure
Aïlenn a souvent l’impression que j’ai rêvé
sa petite main dans la mienne et l’intime
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douceur ensorcelante de sa voix Pourtant
je me souviens très bien des arbres odorants
et de la Seine et des jeunes gens assis dans l’herbe
et du visage saisissant de la Beauté ce jour-là…

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Publié par : xavier bordes | 25 août 2019

Impalpable magie


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Impalpable magie
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Drôles d’oiseaux que ces escorchefigues
Nom donné chez nous aux fauvettes des jardins
et sobriquet dont les marseillais affublent les cocus
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J’ai toujours eu un faible pour ces surnoms colorés
Ils ont à mon oreille une musique de langue en liberté
Quand j’avais l’âge d’Ezra je me les répétais tout bas
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Makimokoko Saxifrage Cagole Escagassé Tapir Okapi
Autant de mots que je suçais dans un coin du jardin
quand j’étais seul sur le vieux banc près du laurier
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Une variété de friandises presque immatérielles
Le sens m’en échappait souvent mais le rattraper
m’était tout à fait indifférent Cherche-t-on à quoi
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correspondent les abracadabras et autres sortilèges
des contes ? Nul ne s’en soucie pourvu qu’ils fassent
(telle une aurore en permanence à notre disposition)
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lever devant nos yeux le poudroiement doré du rêve…
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Publié par : xavier bordes | 25 août 2019

Palpitations


Palpitations
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Je m’amuse toujours de ce moineau qui tombe
des plus hautes branches comme pierre
et presque au sol se ressource à hauteur de rosiers
en deux volettements d’aile Chaque fois mon coeur
manque un battement C’est plus fort que moi
Je n’arrive pas à croire que l’oiseau – gros comme
un galet – va réussir à ne pas s’écraser par terre
Et chaque fois je souris de m’être laissé prendre
à cette jolie feinte qui ne rate jamais Ah combien
j’aimerais savoir façonner selon cet exemple
des poèmes qui fassent à mes distingués lecteurs
louper aussi quelques battements de coeur !

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Publié par : xavier bordes | 25 août 2019

Hypnagogie


Hypnagogie
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Certains se triturent la cervelle
Pour concevoir l’écrit qu’ils ont toujours
Espéré lire – et d’autres s’efforcent
De procrastiner pour esquiver
Le prurit d’une inspiration tyrannique
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Est-ce un trait typique des humains
Que de n’être jamais satisfait des dons
Imposés par la vie à chacun d’entre nous
On regarde un oiseau voler au sein
De la limpide troisième dimension
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Elle répond si bien à ses coups d’ailes
Il virevolte avec tant de facilité Un chemin
Qui nous demande un long détour pour
Parvenir au but, à lui sera simple et direct
En revanche il devra se passer de mains
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Ses seules pattes et son bec sont tenus
De faire office d’instruments universels
Qu’importe ! Je rêve d’apprivoiser pareille
Légèreté emplumée en ma pauvre écriture
De l’envelopper d’un duvet de lumière
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Et que mon poème lui tresse un nid de verveine
Alors que l’opium de Morphée en moi change
La douleur des soirs en la douceur des loirs

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Publié par : xavier bordes | 24 août 2019

De certain poème sur une vieille affiche…


De certain poème sur une vieille affiche…  *
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J’ai lu récemment quelques lignes
qui décrivaient comment une vieille
affiche délavée et presque illisible
émouvait par l’intuition directe
de l’usure infligée par le passage
du temps, qu’elle suscite dans l’âme
de qui la voit Une émotion qui remplace
avantageusement la maigre information
bariolée qu’elle contenait à l’origine
Je me dis qu’il en va de même du poème
Né de la circonstance, celle-ci bien vite
n’importe plus guère au lecteur – mais
bien plutôt le don qu’il aura de nous jeter
dans un climat qui est l’air d’un Temps
auquel le temps érodeur ne peut nuire
puisque ainsi qu’un vin de garde l’alchimie
des jours améliorera sa substance indéfiniment

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Publié par : xavier bordes | 23 août 2019

Radotages essentiels


Radotages essentiels
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La chaleur à l’horizon élève en tremblant
ses vrilles de liserons bleus
La mer s’agace d’être plate Elle incite
ses vagues à se rapprocher du ciel
Les résultats restent dérisoires
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mais un joli lait d’écume s’irise
aux pointes de l’eau Le vent nouveau-né
en profite imité par les vagissements des mouettes
Sur le rivage midi accuse les ombres
qui se font toutes petites et se résorbent sous les galets
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Les branches du laurier convertissent en fleurs rouges
les chants des oiseaux et peut-être
les oiseaux eux-mêmes Allez savoir ! Avant
que les humains aient tant soit peu élucidé l’alchimie
de la Nature qu’ils détruisent sans la dominer
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véritablement, leur engeance aura cessé de sévir !

Publié par : xavier bordes | 23 août 2019

Le lieu demeure


Le lieu demeure
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Ici point de cris d’animaux ni de bruits de la forêt vierge
Le silence du soleil attiédit la pierre
Le lucidité y est miséricordieuse
Elle respire le cyprès le thym et la verveine
Même le gravier qui roule sous les pas
ne consent qu’un crissement recueilli
Les vapeurs bourrelées couronnant les collines
veillent sur ce qui a lieu de Non-être
Cela qui pour nous seuls porte un visage
et un nom que le visiteur ne murmure pas sans larmes

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Publié par : xavier bordes | 23 août 2019

La nuit transmutatrice


La nuit transmutatrice
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La nuit s’écoute respirer, les hélices des fleurs ont cessé de brasser les brises
tranquilles du crépuscule. Tenace un reste de vieil or a rampé sur les crêtes puis disparu…

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Le bruit des talons d’une femme s’est déplacé tout au long de la terrasse… Une région de noctambules ! Plus rien ensuite. Les dormeurs dorment, les autres espèrent et attendent.

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On a le sentiment irraisonné que dehors il neige peut être, quoique l’on soit en plein mois d’août… Allongés, le drap rejeté, ces semelles de carton sont nos pieds qui nerveusement se consultent l’un l’autre.

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On tâte et serre l’oreiller, les yeux clos et le cerveau refusant de cesser son activité. Comme un volcan qui jetterait sans cesse en l’air les paraboles d’idées incandescentes.

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Adoptée la forme de notre environnement quotidien, elles auront demain refroidi au sol. Quelle étrangeté que ce qui a la plasticité du rêve, à la cloche de six heures s’éveille roide et terne comme le dos d’un miroir, ou la face cachée de la lune !

Publié par : xavier bordes | 22 août 2019

Au site de l’innommé


Au site de l’innommé
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C’est l’avatar d’une mélodie qui s’avancerait
à travers les strates d’harmonies inconnues
que l’inattentif ressent comme cacophonie
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La plume blanche échappée aux feuillets
d’un livre qui se souvient d’avoir en une
autre vie abrité mille incessants oiseaux
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Juste un souvenir peiné que la mémoire
aurait voulu conserver comme un soleil
fossile au secret de son marbre immaculé

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