Publié par : Xavier Bordes | 26 juillet 2021

Figuier parabolique


Figuier parabolique

Le figuier penche au-dessus du chemin
dont la terre est constellée de figues aplaties
mais aux branches il en reste une galaxie
parmi les feuilles rêches et velues
Je connais cet itinéraire Il va vers La Source
Le soleil y dispense une pure clarté d’exil
Une lumière de souvenir idéalisé
comme un sourire de fille croisée par hasard
et qu’on sait ne jamais revoir
Du reste par ici ne passe plus personne
Le figuier penche au-dessus du chemin
et gaspille à profusion ses délices – en vain !

Opio 2016

Publié par : Xavier Bordes | 26 juillet 2021

En un endroit perdu


En un endroit perdu

Les mazets dans mon midi
sont de hauts igloos de pierres sèches
savamment empilées tantôt
construits au bord d’une pâture tantôt
parmi les vignes Ainsi les bergers
ou les vendangeurs ont un refuge sur place
pour le repos ou les repas au frais

En un endroit perdu j’en ai découvert un
à la lisière d’un bosquet de chênes verts
dans ma jeunesse et partout alentour
on avait laissé péricliter les ceps
envahis de ronciers et d’herbes folles
À demi-démantibulée, argentée de soleil
une porte en bois fermait l’unique pièce

Les yeux une fois habitués à la pénombre
reconnaissaient une petite table branlante
couverte d’une toile cirée au motif écossais
rouge et blanc usé aux angles et jauni
Une cafetière en robe d’émail y présidait
avec pour assesseurs deux gobelets d’alu
cabossés Au-delà un réchaud : des ustensiles

de cuisine et divers autres objets plus
ou moins identifiables dont un balai
de chiendent attaché au mur par une vaste
toile d’araignée sans laquelle on aurait pu
penser que l’occupant venait de s’en aller
brusquement Émotion analogue à celle
– je suppose – des archéologues à Pompéï

Oh Comme nous bouleverse le silence
laissé par des humains en de ces lieux
qu’ils ignoraient abandonner pour toujours

Publié par : Xavier Bordes | 26 juillet 2021

Six questions farfelues


Six questions farfelues

Des tresses de huit ognons ensemble forment-elles des octonions ?

Tout changement apporte-il nécessairement une amélioration ?

Au vrai, nos testaments ne sont-ils pas en majorité sans héritage ?

Le fleuve-python rêve-t-il au fond de la vallée – ou de l’avaler ?

Si tu ne comprends pas le monde, ta langue peut-elle y remédier ?

Les lis arborent le Nombre de la Création, serait-ce un symbole ?

Publié par : Xavier Bordes | 26 juillet 2021

Photo d’Ezra en vacances


Photo d’Ezra en vacances

Ce vol tournoyant de pigeons blancs
ressemble aux regiclées de l’écume
contre la façade d’une calanque
Oh nostalgie subite en pleine rue
des architraves la mer ! On imagine

dans le temple salé des abysses
Poséidon masqué d’écailles vertes
qui règne sur un trône de corail
environné de petits chevaux marins
et d’une cour d’orques bombés
aux luisants camails aubergine

Pendant ce temps Ezra est parti
séjourner dans une cabane en bois
louée par ses parents quelque part
en Auvergne Sur une photo reçue
hier il paraît déjà si grand, si mûr :

Non sans un brin de mélancolie
j‘y lis les germes de l’Ezra futur…

Publié par : Xavier Bordes | 23 juillet 2021

Pensée vite rembrunie


Pensée vite rembrunie

Que ta langue inspire
un univers joyeux et dansant

Brise de fraîcheur limpide
trahie par le rythme des saulaies
pendantes et des roselières

Au bord de l’étang des enfants
fredonnent en s’amusant à pétrir
de petits personnages d’argile

Lesquels au four en d’autre temps
eussent pu devenir les santons gauches
et touchants d’une crèche

Dommage qu’aujourd’hui la poésie
ne croie plus au Père Noël !

Publié par : Xavier Bordes | 23 juillet 2021

Mortelles incompétences


Mortelles incompétences

Décidément en Occident
les mentalités sont étranges
Au pays de Pasteur les infirmières
et les soignants refusent
de ne pas risquer de contaminer
leurs malades et déploient
une ingénieuse mauvaise foi
pour esquiver la vaccination
anti-Covid19 Le peuple pense
qu’il en sait plus que les gens
qui travaillent sur ces questions
depuis tente ans ou davantage
Le moindre infirmier se prend
pour un chirurgien un immunologiste
un neurologue et un épidémiologue
réunis et répand gravement ses
thèses ignares avec l’approbation
de savants camionneurs restaurateurs
vendeurs de vêtements et autres
sous prétexte que tout les avis sont
égaux en « démocratie «  – Démocratie
de bistrot oui ! – et finalement chacun
croit qu’il en sait plus et ferait mieux
que son voisin, ce qui m’évoque le fameux
adage qu’autrefois m’enseigna mon père :
un demi-savoir est pis que l’ignorance !

Publié par : Xavier Bordes | 23 juillet 2021

Triviale analogie


Triviale analogie

L’odeur du café
fraîchement torréfié
tellement plus riche
que le breuvage

ainsi le parfum de rêve
de ce que la vie promet
et la réalité qu’elle nous distille
à longueur de journée

 

 

 

Publié par : Xavier Bordes | 23 juillet 2021

Fin de l’androgyne


Fin de l’androgyne

Il arrive que réveillé
dans la pénombre on se penche
sur le sommeil trembleur de l’amour
au visage accidenté de temps
en temps par un mauvais rêve
ou quelque secrète souffrance

On reprend alors conscience
malgré la persistance du vague état
d’euphorie qui nous avait endormi

À cet instant ce n’est pas une colombe
mais un sentiment rapace
qui fond sur notre esprit
l’emporte et nous fait découvrir
avec un désarroi brutal que soi-même
et l’être aimé contrairement
à tous les discours et les mythes
sommes vraiment deux êtres distincts

Publié par : Xavier Bordes | 23 juillet 2021

Site cistercien


Site cistercien

Le visiteur qui se promène
à travers l’abbaye en partie ruinée
bute du bout du pied souvent
contre une dalle ou pavé graniteux
en partie descellé
.                                             Cependant rien à voir
avec les révoltes adolescentes Ici point
de plage sous le pavage sommaire
et lorsqu’on pénètre dans la fraîcheur
de la collégiale – ébloui par l’ombre dense –
la moindre parole engendre les répons
d’échos infinis qui se remèlent entre eux
au point de former naturellement
une sorte de plain-chant qui semble
à travers la pierre émaner
du fond des millénaires

1990

Publié par : Xavier Bordes | 22 juillet 2021

Le gâtisme progresse


Le gâtisme progresse

Je m’attendris désormais de peu
c’est l’âge !
Assis à mon bureau
je vois courir une petite étoile noire
sur le plancher à côté de moi
Araignée du soir espoir
J’essaie de la recueillir elle me fuit
Finalement je la cueille
sur une feuille de papier blanc
Je la dépose dans une fougère
Un instant sur un brin vert elle reste
immobile comme surprise
Rêve ou réalité j’entends haut perchée
une voix microscopique
et presque inaudible qui me dit
« …merci » !

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