Publié par : Xavier Bordes | 9 janvier 2017

Creationis Imago


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Creationis Imago
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Énigme des êtres dits « créateurs », on les dirait passionnés par le besoin d’extérioriser, ou plutôt d’objectiver un archétype intérieur, grâce à toutes sortes d’approximations. Chacune conduit à l’un des aspects de cet idéal avec plus ou moins de bonheur. Rarement tous les éléments, rendus compatibles après avoir été rassemblés, se trouvent réunis dans la même œuvre aboutie, qui en pareil cas devient inoubliable et a perdu la capacité de lasser…
Que faire, une fois le modèle quasi parfait atteint, sinon prendre le chemin de cultiver une divergence résolue en autres imperfections à vaincre, vers des directions, des étoiles, chaque fois différentes. Soudain je pense à Franz Schubert, génie prodigieux passé par ces étapes malgré sa si courte vie. Dans les fragments en Ré Majeur D708a, on glisse de l’icône intérieure partiellement empruntée à Beethoven à celle des dernières symphonies, les officielles 8 et 9, en lesquelles Schubert s’est jeté par la porte de la Symphonie en Mi Mineur D729 qu’il n’avait pas vraiment pris la peine d’orchestrer jusqu’au bout, pressé par l’angoisse de s’être découvert syphilitique. Avec sa 9ème achevée au prix d’avoir négligé les précédentes tentatives, pourtant fort avancées, Shubert réalise enfin son rêve d’éternité, celui de mêler lied et forme symphonique, ce que visera également Mahler sur des chemins nouveaux, avec une plus grande science technique et théorique…
De la même façon, Brückner ne réalisera l’image intérieure dont il rêvait qu’avec la 9ème, qu’il ne pourra pas finir, lui… Tous ces exemples d’oeuvres au sein desquelles rôde un toujours même « pattern » dont la réalisation matérielle se montre plus ou moins proche, nous rendent compréhensible que l’oeuvre d’art d’un vrai créateur soit aisément reconnaissable entre toutes.
On pourrait penser que c’est confusément ce que Wagner tentait de matérialiser, de rendre apparent, de débusquer, avec son idée de « leitmotiv » qui serait pour une œuvre ou un personnage donnés la structure élémentaire occulte et originelle en laquelle réside sa source. Le fondement de ce que l’on appellerait « l’originalité », caractéristique de tous les artistes majeurs. Et ce que peut-être recherchent en eux-mêmes la plupart des mystiques religieux (ou non?) ! Pour les poètes, qui n’ont pour moyen assez dénudé et indigent que le langage, ce serait une configuration de mots pris dans une syntaxe particulière, qui se métamorphoserait constamment, sans se renoncer, à travers la pression du besoin d’écrire pour se délivrer d’un fardeau douloureux que cette configuration impose à leur sensibilté, ou plus globalement à leur « âme », ou leur « coeur », bref à cette chose vague qui a pour effet que leur corps est envahi par ce que Unamuno appelait « le sentiment tragique de la vie ».
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Réponses

  1. A reblogué ceci sur Traversées.


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