Publié par : Xavier Bordes | 11 juin 2020

Cantus firmus – 25/26/27


25.
*
Un scarabée au dos vert doré
sur le plancher du bureau
D’où venu
Les fleurs
ou la baie ouverte
Il reste à luire sur ma paume
Quelle finesse des pattes
quel galbe des élytres
et la tête minuscule qui pilote tout
plus virtuose qu’un avion de chasse
.
Je m’émeus de ce visiteur splendide
comme si le soleil lui-même
par un matin vert était descendu
très tôt me voir
Il cesse de bouger, fait le mort un instant
Rassuré que rien ne se passe
il se remet à palper des antennes
se rétablit sur ses mollets articulés
Je vais à la porte-fenêtre du jardin et je le
lance avec mes vœux de vie heureuse
dans l’herbe au-delà des rosiers

.

26.
*
Par une éclaircie entre de sombres nuages
tombent les gouttes de bronze d’un glas
Quelle cérémonie funèbre pousse les dieux
à lancer sur le trottoir leur petite monnaie 
N’aurait-on pas même droit au tonnerre
Zeus manquerait-il de foudre en réserve ?
.
Il se pourrait que ce soit plutôt la cloche
de l’église d’Opio ou de Châteauneuf
qui parvienne jusqu’à mes oreilles – ici,
alors que mon thé matinal fume en paix
sur la table de la terrasse Un trio de pies
prudemment complote à un jet de pierre
car ce n’est pas le moment de m’agacer !
.
Ces petites cuillères qui tintent en choeur
sur la porcelaine des tasses et soucoupes
ce sont les oiseaux que j’aime entendre
le matin autour de la maison familiale
.
J’imagine au fond du parc les citrouilles
ventrues gonfler sous les amples feuilles
du potager Plus loin outre le grillage
de clôture sous les vieux chênes glande
sans doute quelque laie suivie de ses
petits zèbres de marcassins trottinant
à la queue-leu-leu Ou peut-être un vieux
ronchon de sanglier solitaire qui grogne
comme moi quand au réveil je constate
que je suis toujours captif de la réalité…
.
Enfin je bois mon thé noir et je m’habitue.
.

.
27.
*
Ressuscité le joli scarabée sacré
cousin du soleil roulant sa boule de lumière
à travers le saphir du firmament
jusqu’à la cacher enfin sous l’horizon
.
Il a réfléchi en arpentant
les lignes de ma main
Quand il s’est envolé il savait
mon destin
.
Petit frère vert d’une étoile
qui t’es contenté de lisser
tes antennes sans rien me dire
Éloquent silence s’il en est
.
Une façon peut-être de me faire
savoir que depuis longtemps je me survis
que je ne suis peut-être plus aimé
et que je ne m’en rends pas compte…

.


Responses

  1. Tes chants nous enchantent, cher Merlin !


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