Publié par : xavier bordes | 21 septembre 2017

Invraisemblable monde insolite


Invraisemblable monde insolite

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Sous les frondaisons de l’avenue les pigeons se rassemblent

parmi les feuilles mortes comme s’il y avait de quoi se nourrir

Serait-ce qu’ils apprécient de marcher sur une mosaïque

de couleurs du rouge au vert avec ici et là coeurs jaunes

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Je me détourne de mon trajet pour ne pas déranger la tribu ailée

Il n’est pas certain que ces familiers du trottoir m’en sachent gré

Si peu craintifs sont-ils que souvent le passant leur indiffère

Beau ciel d’automne avec oblique clarté place de la Nation

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Une musique lancinante en boucle me revient à l’esprit Suis-je

véritablement ici en train d’arpenter en flânant la rue de Taillebourg

Ou bien serait-ce encore un de ces rêves vertigineux où je me vois

errer dans des cités sans noms jusqu’à finir par me réveiller

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Difficile de trancher – tellement me semble irréel ce monde où je vis !

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Publié par : xavier bordes | 21 septembre 2017

Le Grand Ratage


Le Grand Ratage

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Tournoyons tournoyons ainsi que les cholitas

en jupons multicolores aux visages énigmatiques

Tournoyons en dansant un carnavalito endiablado

comme au Pérou quand le volcan tremble sous nos pieds

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Les flûtes et les petits violons chapacos s’acharnent

sur fond de bombos et de guitares aux rythmes nostalgiques

d’un passé mythique où l’or du soleil était suspendu

aux oreilles d’empereurs busqués à la face impassible

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Les grandes syrinx à voix rauques ronflent gravement

La communauté humaine ainsi s’étourdit et n’entend plus

l’effroyable destin qui mûrit dans les entrailles de la Terre

Ce cataclysme qu’accoucheront les diktats de chefs aveugles

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et bornés – avant que nous ayons pu atteindre aux étoiles !

 

 

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Publié par : xavier bordes | 21 septembre 2017

Psychotrope


Psychotrope

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Les vaches sur le pré aux colchiques d’Apollinaire

Les dauphins qui s’ébrouent et bleuissent à travers la mer

Les goëlands s’esbaudissant à grands cris dans la nue

Autant de mots qui me font voir et qui me réjouissent

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J’avoue prendre un peu de poème comme on prend

un café plus ou moins amer au distributeur automatique

Une poignée de mots à moi me suffit pour adoucir

l’acide et térébrant sentiment que j’existe

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C’est une intoxication au langage à laquelle je suis

accro depuis tellement tellement d’années que j’ai oublié

quand le processus a commencé Sans doute est-ce un effet

de ce si délicieux poison qu’il enchante en secret ma vie

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et l’illumine jusqu’à rendre sa jeunesse à mon passé…

Publié par : xavier bordes | 20 septembre 2017

Face aux Commandeurs


Face aux Commandeurs

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« Fais ta poésie » qu’ils disent.

« T’occupe pas du reste » qu’ils disent.

« Tu vas pas essayer de nous faire croire

au Père Noël » qu’ils disent. « Ça nous

énerverait » qu’il disent. Et moi,

dans mon for intérieur je me dis : Si…

Mais je me tais parce que je suis petit et faible.

 

 

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Publié par : xavier bordes | 20 septembre 2017

Dégivrage


Dégivrage

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Sur la ligne brisée

filante étoile trace un cri

ce souvenir que tu refusais

 

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Publié par : xavier bordes | 20 septembre 2017

En forêt


En forêt

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Ce hibou qu’on ne peut voir

et qui poursuit des oiseaux d’ombre

en plein jour c’est le vent

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Il rebrousse les reflets

vers la source des ruisseaux

là où le gel patiente

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Filent à travers la vasque

en laquelle l’eau s’élargit

des poissons troubles

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Dans le sol humide

des empreintes de daim

ont précédé mes pas

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Ce loup que j’imagine

et qui fait fuir des troupeaux d’ombre

en plein jour c’est le vent

 

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(1988)

Publié par : xavier bordes | 20 septembre 2017

Morosité du jour


Morosité du jour

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Des cendres sur la neige

pour que ne glisse plus le vent

La froide absence des oiseaux

Soleil sombre

sur le lait des brumes

Un bambou se prosterne jusqu’à terre

Je ne veux plus qu’on me parle d’hiver

Publié par : xavier bordes | 20 septembre 2017

Hystérésis


Hystérésis

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Que de mélancolie à songer

qu’il n’y a pas en toi

suffisamment de conscience

pour infuser à ton monde

la cohérence occulte de l’univers…

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Dans les coulisses de ta vie

elle circule silencieuse

et souple comme un chat

Moustaches de lumière

et prunelles extralucides

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Parfois au détour d’un poème

quand le langage est distrait

par ce léger vertige

qui te fait voir des serpents corail et or

tu la surprends dans les marges

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Elle chuchote dans ton sommeil

parfume d’anis bleu tes nuits

trace des lignes de forces

pareilles aux courbes des sourcils

de pures beautés magnétiques

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Publié par : xavier bordes | 19 septembre 2017

Musicien des rues


Musicien des rues

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Un musicien des rues quelque part

joue de la trompette Un de ces immigrants

venus de l’Est qui sait que sa présence

n’est guère souhaitée Un tsigane peut-être

Leur réputation n’est pas fameuse

Les rengaines qu’il accommode à sa sauce

n’intéressent personne Il a beau

guetter vers les étages sans cesser de souffler

sur son cuivre brillant et sonore

aucune fenêtre ne s’ouvre

rien n’en tombe à travers l’air glacé

rien ne tinte sur l’asphalte triste du trottoir

au long duquel j’imagine que l’homme s’éloigne

sans être parvenu à convaincre quiconque

de la valeur de son « art ».

 

 

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Publié par : xavier bordes | 19 septembre 2017

Plongée analogique


Plongée analogique

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Tiédeurs de la mer en compagnie des poissons nus

quand la transparence nous porte avec légers

clapotis d’oiseaux ailés d’écume

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vaguelettes en friselis aux oreilles

et mouettes qui nous survolent en récriminant

sans perturber l’hypnotique bercement

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du nageur dénoué dans le flot comme une algue

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Tiédeurs de la mer je vous éprouve

au ras de l’horizon tandis qu’un nuage là-haut

se dore à l’ombre du soleil

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sur l’incommensurable plage bleue

dont étincellent par milliers la nuit

les galets éclairés par la lune

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La musique obstinée du temps y compte ses retours

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La mémoire illuminée y goûte à son origine

Ce roulis tellement ancien qu’il confine au rêve

au vol serein de l’âme au sein d’un abîme d’amour

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Les balbutiements du sel argentent nos lèvres

Une aveugle paroi nous garde des affres du monde

Quel effort ne faut-il pas pour quitter ce paradis !

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