Publié par : xavier bordes | 15 juillet 2017

Comédie de percée vers l’outreciel


Comédie de percée vers l’outreciel

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J’ai constamment renchéri sur ma vie poétique

à mesure

que j’en voyais s’abréger la chandelle

Dès le premier jour se devinait à travers les brumes

du futur le maillet fatal

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Mais impossible d’entrevoir

la main qui le tenait

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Du bec une mouette est venue cueillir

la flamme presque mourante

et l’a reportée sur un cierge neuf

qui s’est allumé ainsi qu’un soleil parmi

les vitraux changeants des nuées

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Dans le bois voisin un pic épeiche

martelait sur les clous d’un invisible cercueil

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Recommençant chaque matin

Pénélope ou Moire d’entre les oiseaux

dans l’indifférence générale des très vieux chênes

et les cris indignés des geais de passage

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Le paysage de ma vie s’est cantonné à une pluie

d’images vives comme Perséïdes

et secrètement doubles comme la beauté

qu’il fallait délivrer

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Faisant front aux embruns j’ai pétrifié

le monstre et sur la mer

j’ai cinglé à toutes voiles

en emportant mon fragile amour

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Publié par : xavier bordes | 14 juillet 2017

Immatérielle escarpolette


Immatérielle escarpolette

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Ce qui oscille en toi le plus fort n’est nullement la peur, ni les aboiements inaudibles de l’avenir, qui te poursuivrait de sa vindicte en raison de ta témérité !

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Que, surgi de son arche noire, te morde Anubis, – sa rage t’indiffère. Qu’il te contamine de la nuit qui lustre son pelage, n’infectera jamais ta pierre.

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Les veines de ton marbre sont vaccinées contre les peseurs d’âmes. Leurs bandelettes n’ont pas davantage d’influence que le bronze des moulins à prière !

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Bercer ton esprit ainsi que liseron du vent emmi ses spires éprises de ciel, voilà ce que t’apporte une parole réglée sur le début et la fin des choses visibles.

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Elle offre au phénix son auréole flamboyante, d’un nom scelle chaque présence, chaque site, chaque sentiment, chaque icône, chaque rêve, inlassablement.

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Non point verbe pour susciter l’adoration, ni se glorifier de ce qu’il n’est pas, juste l’arc d’un empierrement de mots par-dessus le fleuve ou l’abîme, pour le passage :

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le passage de l’Ineffable – ainsi que, des sept cordes maîtresses à leurs sous-cordes sympathiques, la mélodie émeut le langoureux contralto d’une viole d’amour.

Publié par : xavier bordes | 13 juillet 2017

Séléné


Séléné

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Croisée en allant chercher mon pain, fugitivement : une passante restée assez avenante, grande, aux yeux un peu flétris de femme qui s’est résolue à ne plus croire au prince charmant…

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Elle avait, vous jetant un bref regard, l’expression triste, désabusée, de ces grands enfants à qui l’on vient de confirmer que le Père Noêl n’existe pas, et qui se demandent pourquoi on leur a menti.

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Un instant je me suis retourné, avec le sentiment d’être benêt, pour la regarder s’éloigner. Voulais-je vérifier si, de dos, sa silhouette n’avouait pas un manque de grâce, une nuque vaguement bovine ?

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C’était le cas. Épaules à peine affaissées, cheveux assez courts, un subtil manque d’intelligence doublé d’une sensualité oscillante, animale, à la chute des reins : elle s’est confondue dans la foule au feu rouge du carrefour.

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Avec la manie que j’ai de ravauder mes souvenirs, m’est revenu le poème de Baudelaire… Nous différons fort : quoique, à première vue, pareille figure féminine m’ait intrigué, jamais je n’eusse pu aimer sa face cachée.

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Publié par : xavier bordes | 11 juillet 2017

Le Vide


 Le Vide

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Autrefois j’avais des idées concernant l’altitude, la température des abysses saumâtres ou des abîmes aériens, qu’avec une virevoltigeante lenteur hantent d’oblongues formes pâles…

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Bien sûr, cela n’a plus de raison d’être, vu que je n’ai plus d’idées sur rien et que je constate, dès le retour du printemps, à quel point le monde autour de moi progresse en étrangeté…

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À moins, certes, que ce soit ma vision de plus en plus troublée, mais de plus en plus acérée, qui perçoive davantage de réalités au-delà de choses dont l’apparence s’avère incertaine !

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On diraît un rideau de pluie, un voile de larmes, derrière lequel s’esquive un brumeux paysage, avec des houppes de bosquets, des pointes d’églises, des tuiles faîtières de villages.

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En général cela se déroule avec la lenteur d’images hypnagogiques, si bien que ceux qui m’entourent parfois s’étonnent et critiquent ce qu’ils croient nonchalance de mon caractère.

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Pourtant quel acide plaisir de décaper le flou de mon univers quotidien, de le dénuder de ses oripeaux fonctionnels, ainsi qu’une belle femme, pour en venir à son éblouissante beauté.

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Le plus émouvant est dans certains cas qu’elle soit féconde, que le souffle qui en soulève les voiles comme l’air les tulles d’une baie, sur le papier condense un givre d’encre sympathique.

 

 

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Publié par : xavier bordes | 8 juillet 2017

Ichtys, ichtys !


Ichtys, ichtys !

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Le quai où de loin on sent frétiller l’odeur brillante du poisson : c’est là que j’aborderai, avec mon pointu traçant au travers du rythme hésitant de la houle.

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Les nuages qui pour me faire obstacle ont lancé sur la mer leurs éperviers de reflets croient-ils, de mon cap, me détourner par d’aussi fluctuants subterfuges ?

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Quand même un improbable gel envahirait les eaux d’une banquise immaculée, je ferais du pôle que je vise un môle, en échangeant p a i x contre a i m e…

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Puis accostant je nouerai à l’anneau le filin ; enjambé le bord de la coque dansante j’empoignerai l’escalier de métal oxydé, débouchant sur les pavés de la place.

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Il y a là les étals de bois, couverts de copeaux de glace parsemés de turbots, de lottes, de maquereaux, de loups, de limandes, mourines et autres anges au parfum iodé.

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Le vieux pêcheur borgne, par ses copains surnommé Cyclope, est en train de vanter à voix de Stentor sa pêche du matin, aux vertus miraculeuses pour le coeur…

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Il me propose pagri, lavraki, tsipoura, car il est d’ascendance grecque et sait que je connais ces noms qui me rappellent certain petit restaurant exquis de Katakolon.

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Je choisis la dorade en mémoire d’un passage du Bateau Ivre de Rimbaud, qui parle de flots bleus et poissons d’or chantants :   « – Tsipoura !… » Le vieux sourit de notre complicité. 

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Ce n’est certes pas à cause de lui que la mer se vide : cependant me traverse une vague de tristesse car bientôt l’on ne pourra plus montrer aucun de ces radieux poissons aux enfants.

 

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Publié par : xavier bordes | 7 juillet 2017

« Ad astra »


« Ad astra »

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Dans mes poèmes les galets

rêvent de s’envoler et parfois

y parviennent – ou alors se changent

en gars beaux allongés sur la plage

les oreilles assourdies d’écouteurs

serinant la voix acidulée

de quelque star à peine pubère

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Aux chairs brunies

de bipèdes écrasés par la brûlante

pesanteur de l’août sous leurs parasols

je préfère le gros galet blanc et gris

qui s’envole soudain goéland

tirant de l’aile vers les constructions

du front de mer

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Et la vivacité des triangles de lin

qui montent vers le grand large

en fendant à toute allure

les vagues qu’aussitôt

cicatrise l’écume

ocellée de millions

d’éblouissants avatars du soleil

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(1994)
Publié par : xavier bordes | 6 juillet 2017

Étourdissement


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Étourdissement

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Cherche sous la jupe blanche

des fleurs du datura le sensible

pistil parfumé d’un souvenir d’Éden

Fraîcheur brûlante du désir

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Non loin d’ici la vague rencontre la vague

qu’éponge le sable assombri

Beauté donne-moi ta main et parlons

des variations de ton âme

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Je regarde les paroles naître

sur tes lèvres que leur souplesse fascine

Ton langage est baiser d’un vertige

que nulle raison ne peut maîtriser

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Publié par : xavier bordes | 6 juillet 2017

À la belle étoile


À la belle étoile

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Ô ces nuits chaudes d’août

perlant d’une sueur d’étoiles !

Zinzine autour de ta tête

le moustique de la poésie…

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Ton bras peine à saisir

le carnet-aux-idées

Tu écoutes le gazon noir

plein de grillons obstinés

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Assis contre un tronc tu songes

– dodelinant – à l’Origine

L’esprit vague empli d’une pavane

intérieure et somnolente

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Par dessus la silhouette

sombre du bois de chênes-verts

la lune incline sa tête de chat

vers ta poitrine comme pour entendre

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battre enfoui le calme

métronome de ta vie

qui pulse une ineffable joie

que rien n’avait laissé prévoir

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Publié par : xavier bordes | 5 juillet 2017

Sonnet du survivant


Sonnet du survivant

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Désinvolte comme un qui, les mains dans les poches,

Prend le temps de flâner sur la plage, le soir,

Je médite un sonnet teinté de désespoir,

Conscient qu’à pas de loup, sombre Nuit, tu t’approches…

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La vague me l’annonce en punissant les roches

Et les repunissant : les roches au coeur noir

À l’instar de la dalle où, d’un sommeil de loir

Pris, je n’entendrai plus jamais sonner les cloches !

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Les rougeurs du couchant mordorent l’horizon.

Des astres irréels s’égaillent à foison

À l’orient que gagne un violet crépuscule.

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Seigneur de ma forêt, à la façon du vent

J’explore chaque feuille, abrité dans ma bulle.

J’écris, j’écris, j’écris : j’écris – je suis vivant !

 

 

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Publié par : xavier bordes | 3 juillet 2017

À perpétuité…


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À perpétuité…

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Joyeuse sur la colline

la flûte réveillera échos et souvenirs

Son chant n’a pas vieilli

arbres et roseaux le reconnaissent

et s’en gorgent comme des éponges

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En elle souffle la douceur un peu rauque

des années vieillissantes

des lointains de terres fauves, d’alfa et de sel

au pied de cimes enneigées

que les nuages s’efforcent sans succès

d’atteindre mais ils demeurent souffle court

à mi-pente avec des airs

de mélodies qui s’effilochent

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La flûte que l’azur entier

se recueille pour écouter malgré les cigales

et le filet de cristal gloussant des fontaines

qu’un coup de vent rarement perturbe

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La musique la plus primitive

celle des roseaux ou des pierres ou des sifflets d’os

en emportant notre esprit

dans sa sensualité mathématique

nous rappelle que nous ne sommes pas d’ici et maintenant

sans pour autant être d’un ailleurs

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et que le destin naturel des humains est l’exil

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