Publié par : xavier bordes | 13 février 2018

Jadis métaphysique


Jadis métaphysique
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Quel beau moment c’était quand d’une
faux de vent le soleil
moissonnait sa lumière dans les blés de l’août
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Le chien-loup aux oreilles dressées
se glissait par jeu entre les tiges des crissants épis 
pour faire s’envoler une ou deux paires de cailles
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Il avait l’habitude le dimanche
d’accompagner les paysans à la chasse
dans les friches de hautes herbes où ça sent bon
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Certains jours la forêt murmurait doucement
ses contes de belles endormies ou de cerfs
aux cornes illuminées – envoûtés
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nous entrions dans la pénombre des futaies
qu’éclairaient des vitraux de feuillages translucides
pour écouter les vêpres des oiseaux
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Assis sur la mousse d’une clairière
nous échangions tour à tour des histoires à faire peur
avec loups-garous fantômes et gnômes – ou bien
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si l’on avait débusqué un massif de framboisiers
constellé de fruits mûrs et de grappes d’épilobes violettes
on s’offrait – comme on disait – une bonne ventrée
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au point que – de retour au bercail – nos parents
s’inquiétaient de ce que nous n’avions pas faim
à table et demandaient si nous étions malades…

 

 

 

 

 

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Publié par : xavier bordes | 13 février 2018

Sur une photo de famille


Sur une photo de famille
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Un garçonnet au visage d’ange et sa mère dans la neige        ici, dans un jardin de la capitale        où le ciel de février est rarement bleu et le sol rarement immaculé
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Venus de loin        sur la photo        ils ont l’air – mais à peine – d’être issus d’un autre monde        sans Tour Eiffel mais avec de hauts pins ombreux et nostalgiques
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Une autre lumière a éclairé leurs jours et hâlé doucement leur teint        J’ai plaisir à penser qu’ils vivent au pays des martinets et des parfums de farigoule et d’anis
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Au pays où d’un invisible rouleau le mistral peint en bleu-azur le plafond des cieux        et peigne longuement la crinière de la mer qu’il s’applique sans succès
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à fixer de mille barrettes blanches        au grand amusement des dauphins qu’on voit batifoler près de l’étrave        dans un bruit d’éclaboussures et le claquement
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de la haute voilure fortement étarquée        Quel magnétisme insistant me ramène donc toujours vers ces contrées dont l’enfant au fond de moi se sent banni
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Comme se sentiront un jour ou l’autre nos enfants       exilés du pays natal enfoui au sépulcre de leur passé        avec rêves et souvenirs de plus en plus insaisissables….
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Publié par : xavier bordes | 13 février 2018

Ukiyo-e


Ukiyo-e
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La bise d’automne emporte au loin les feuilles
La bise de décembre souffle les flocons tourbillonnants
La bise de mai disperse les pétales des fleurs
Le vent d’été dissémine des nuages de pollen
Le temps balaye mes jours en toute saison

 

 

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Publié par : xavier bordes | 12 février 2018

Janus bifrons


Janus bifrons
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De qui suis-je en deuil ? Du futur de moi-même.
J’aurais aimé discuter avec Antoine ou Ezra
lorsqu’ils auront l’âge que j’ai aujourd’hui…
Confronter leurs expériences aux miennes :
même cette curiosité-là ne sera pas satisfaite !
Au passé perdu s’adjoint la perte de l’avenir…

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Publié par : xavier bordes | 12 février 2018

Ce que seul je puis comprendre


Ce que seul je puis comprendre
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J’appelle aujourd’hui la lumière du jour         qu’elle joue en ruisselant à travers les feuilles où le soleil vient apprendre le printemps
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comme il l’apprend sur tes joues animées par l’air vif        ma Beauté        alors qu’en revanche la lune chaque nuit récolte sa pâleur sur ma face
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avec une sueur froide aussi saumâtre que l’humidité sur les rochers des rivages        et partout au matin scintille l’aiguail étoilé d’arcs-en-ciel
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On dirait qu’à trop vite foncer à travers l’obscurité        le temps a percuté le temps        et de ce choc s’est éparpillé tel un pare-brise en miettes de cristal
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C’est souvent ce qui arrive lorsqu’on veut aller plus vite que la musique        et prendre à travers la vie des raccourcis de langage et de songes incontrôlés
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Par la suite on vous reconnaît à cette démarche un peu blessée        un peu boîteuse        de déraciné qui ne possède plus rien qu’un paquet de feuilles d’automne
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La plus aimée ne comprend plus ce qui pour elle fut le plus grand amour        la fièvre de l’univers s’est changée en un rougeoiement tremblant de braise à l’aurore
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Tandis que de l’âtre est refoulée une senteur de choses consumées        et d’exil        comme si la joie avait là brûlé ses vaisseaux et s’était elle-même réduite
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au terrible rire silencieux des morts        oblitéré par la pierre que nulle clarté ne pénètre et qui ne sait point ce qu’elle porte en onciales gravées        que lentement
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cachent au fil des ans les ronces et les orties        où le soleil vient apprendre le printemps        en s’imprégnant des feuilles et des joues animées de mon Amour

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Publié par : xavier bordes | 12 février 2018


Réminiscence fugace

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                        En mémoire de Jean C. et de son amitié.

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Vent léger capricieux sous les palmes
en Andalousie tu suffisais au bonheur des jours
Le mur blanc chaulé où tu écrivais tes propres poèmes
et lisais ceux de Lorca, de Machado et les essais
de Bergamin trouvés en éditions brochées à Séville
Certains passages t’enchantaient même si
tu n’entendais pas toujours parfaitement la langue
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Comme Jean Cassou tu avais l’Espagne au coeur
Et ses guitares en toi ne se sont jamais éteintes…
Publié par : xavier bordes | 12 février 2018

Écervelés


Écervelés
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Toujours perplexe
quand j’entends de quels détails
minuscules certaines gens s’obsèdent
jusqu’à déprimer ou s’entredéchirer
en compromettant définitivement
le peu d’azur qu’ils ont encore devant eux
le peu de moments heureux
que ces exigeants déraisonnables
jugent insuffisants
alors qu’à l’improviste des malheurs
suspendus à un fil au-dessus de leur tête
peuvent à tout moment
soudain leur révéler leur inconscience
comme d’un coup d’épée
et réduire à rien leurs prétentions à l’égard la vie
dont ils considèrent stupidement comme un dû
qu’elle devrait être spécialement
pour eux un chemin pavé de roses
sans épines

 

 

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Publié par : xavier bordes | 12 février 2018

Ezra mesure 1 m 06…


Ezra mesure 1 m 06

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Un moment tandis que tu étais à cheval
sur mes épaules hier petit Ezra bientôt
trop lourd pour que je puisse facilement
te porter encore nous avons parlé du nid
des mésanges et de la lune en plein jour
toute pâle qui tourne autour de la terre
La fenêtre est haute Le ciel s’était dégagé
pour quelques brèves minutes Tu t’es assis
ensuite sagement au bord du lit toi-aussi
et je t’ai raconté que la lune était le nid
des oiseaux du rêve et tu m’as regardé
en souriant et tu m’as dit Mais non Papy
ces oiseaux-là c’est comme les dragons
qui crachent du feu – ça n’existe pas !
Je suis plus un bébé Papy Alors j’ai su
que tu avais vraiment grandi même si
je m’efforçais de ne pas m’en apercevoir
Nous avons regardé sans rien dire la pie
venue se poser dans l’arbre d’en face
tandis que tu te blottissais contre moi
comme si tu avais deviné qu’il fallait
me consoler – et ça m’a fait tout drôle !
Publié par : xavier bordes | 12 février 2018

Mes images ne sont pas…


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Mes images ne sont pas…
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Mes images ne sont pas vos images
ni films ni clichés de photographes
Mes images sont des agrégats de vocables
et c’est en vous que leur clé ouvrira
peut-être la porte qui donne sur un
nouveau panorama Une île Un paysage
qui peut-être est simplement le visage
d’un être aimé qui pleure ou qui sourit
Un objet banal pour tous insignifiant
capable pour vous seul d’irradier ces
souvenirs si bouleversants Ces visions
que je ne connais pas et qui vous habitent
si je réussis pareil à ces passe-partout
de voleurs à forger un poème capable
d’infailliblement déclore tous les coeurs

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Publié par : xavier bordes | 11 février 2018

En lisant un poète


 

En lisant un poète

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Ces merveilleux poèmes

capables d’enchanter la vie,

de mettre un baume sur les plaies

de ceux que nous aimons

combien j’aimerais les avoir écrits

Limpides chants d’oiseaux

qu’admirent mes amis

ces mots devenus purs

Carmin de lèvres au baiser

ces mots d’amour

qui ont piégé l’éternité

Hélas je n’obtiens rien

hormis l’encre et la cendre

Moi vieux bonhomme immaculé

que l’âpre hiver maintient debout

mais qui face au moindre printemps

se confond en flaques de boue !

 

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