Fini le cirque !
“Pas de violence ici !” grinça l’ange portier en exhibant négligemment son fusil à lumière. Nous sommes entrés en hochant vaguement la tête.
Sous le chapiteau, un éléphant, à la peau rayée comme un zèbre, jouait de l’harmonica face au micro, devant un cercle de collégiens admiratifs.
Des acrobates amoureux, en entremêlant leurs membres à la façon des poulpes, se contorsionnaient au point qu’on ne savait plus qui était qui.
Coiffée d’un croissant argenté, une jeune diane inaccessible et ravissante, quasi-nue sur son trapèze, là-haut se balançait dans sa lumière personnelle.
Des “Oh !” et des “Ah…” montaient en bourdonnant de la foule frémissante, lorsque la mignonne équilibriste sautait dans le vide, chaque fois se rattrapant à un invisible miracle.
Si j’avais pu rester, sans doute aurais-je vu le dompteur qui manage ses tigres doux ainsi que des chatons, tandis que l’homme chauve sourit et le clown mime un loufoque.
Peut-être aussi, du plafond de toile constellé, on aurait vu descendre, phénix cristalllin, l’âme de nos jeunes années, vêtue de formules magiques et de sortilèges, distribuant des mirages comme des bonbons à l’entr’acte.
Mais hélas, entre temps, nous avions grandi et l’ange au fusil à lumière nous expulsa, nous signifiant que notre place d’adultes était définitivement ailleurs.



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