Publié par : Xavier Bordes | 2 juillet 2012

LE LAVOIR


 

                                LE LAVOIR

 

Grande armoire à glace qu’on aurait de tout son long couchée       obscure comme un cercueil       il miroite encore au fond de ma mémoire

 

Quoique supprimé par la municipalité et remplacé par de ronds massifs de fleurs         et des dalles insipides           autour d’une fontaine à l’énorme pistil dégoulinant 

 

Le lavoir de mon village où le concile des oiseaux nous donnait rendez-vous       le plus souvent pour arbitrer nos querelles d’amoureux       «Menteur ! Dis-le donc ! Mais dis-le

 

Que tu ne m’as jamais aimée ! Ah j’ai été bien bête de te croire !  Jure croix-de-bois-croix-de-fer tout ce que tu veux ! Tu crois que je n’ai pas vu ton regard et tes mains

 

Quand tu dansais avec elle ! »       Et le garçon de protester d’une voix sourde jusqu’à ce qu’en un grand envol d’ailes claquantes       les colombes mettent fin à la dispute        

 

Cassant l’ambiance délicieusement dramatique           Alors l’eau d’argent retrouvait ses reflets noirs et paisibles         dégageant une sorte de magnétisme

 

Qui faisait que les amants retournaient dans les bras l’un de l’autre        pour échanger des baisers passionnés          auxquels les femmes qui venaient battre leur linge   

 

Ayant vécu tous ces moments elles-mêmes près du lavoir        ne prêtaient aucune attention         se contentant d’échanger discrètement des sourires complices

 

Et de commenter bruyamment les dernières frasques          vraies ou supposées         des paysans-vignerons qu’elles disaient avec de grands éclats de rire       regretter d’avoir épousés.

 

 

 

 


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