LE LAVOIR
Grande armoire à glace qu’on aurait de tout son long couchée obscure comme un cercueil il miroite encore au fond de ma mémoire
Quoique supprimé par la municipalité et remplacé par de ronds massifs de fleurs et des dalles insipides autour d’une fontaine à l’énorme pistil dégoulinant
Le lavoir de mon village où le concile des oiseaux nous donnait rendez-vous le plus souvent pour arbitrer nos querelles d’amoureux «Menteur ! Dis-le donc ! Mais dis-le
Que tu ne m’as jamais aimée ! Ah j’ai été bien bête de te croire ! Jure croix-de-bois-croix-de-fer tout ce que tu veux ! Tu crois que je n’ai pas vu ton regard et tes mains
Quand tu dansais avec elle ! » Et le garçon de protester d’une voix sourde jusqu’à ce qu’en un grand envol d’ailes claquantes les colombes mettent fin à la dispute
Cassant l’ambiance délicieusement dramatique Alors l’eau d’argent retrouvait ses reflets noirs et paisibles dégageant une sorte de magnétisme
Qui faisait que les amants retournaient dans les bras l’un de l’autre pour échanger des baisers passionnés auxquels les femmes qui venaient battre leur linge
Ayant vécu tous ces moments elles-mêmes près du lavoir ne prêtaient aucune attention se contentant d’échanger discrètement des sourires complices
Et de commenter bruyamment les dernières frasques vraies ou supposées des paysans-vignerons qu’elles disaient avec de grands éclats de rire regretter d’avoir épousés.



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