Publié par : Xavier Bordes | 14 juillet 2012

AU PETIT-JOUR


                    AU PETIT-JOUR

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Dentelles de chaînes gris-bleuté, en se rapprochant de plus en plus sombres avec au premier plan des rochers céruléens, et les eaux lisses que reflète la sereine immobilité du ciel à peine éclairci d’un soupçon d’aube vers l’est, tel est le spectacle idéal pour le pêcheur tôt levé dont la silhouette noire se profile en bas sur le littoral.

C’est le genre d’heure qui vous fait une âme exacte : l’air acide décape le regard, le rend capable de détailler à distance le moindre brin de graminée, fétuque ou pain d’oiseaux, le froid silence cisèle pour l’oreille le moindre cri d’oiseau, le moindre écho, qu’il analyse un roulement de pierre à la falaise ou la gifle d’une vague inattendue sur le récif…

Passionnantes, les petites griffes blanches du tigre qu’on appelle l’écume, lorsqu’elles se résolvent en milliers de bulles roses sur le sable, se retirent en lissant la poudre d’ocre clair jusqu’à faire émerger quelques pointes de nacre, bulots, bigorneaux, que le ruissellement contourne par respect pour Πάππος ο Αλεξανδρεύς et la spirale qu’il a inventée*…

Gens de douceur, nous respectons les grilles qu’un frêle savoir plaque sur le chaos. Gens de révolte, nous récusons le filet de sortilèges que des croyances d’un autre âge ont jeté sur le sens des choses. Gens de solitude, nous cultivons comme un potager notre pré-carré de langage, émus d’y voir pousser ne fût-ce qu’une demi-douzaines de salades à raconter !

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*(Pappos o Alexandreùs, Pappus d’Alexandrie.)


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