BILAN FUNÈBRE
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Il perdait son âme dans le regard d’une femme qui avait pris la forme de la nuit pour dissiper l’innocence coupable en laquelle il se complaisait.
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Elle avait le parfum de ces fleurs au soir tombant qui s’ouvrent dans le jardin des morts et sa longue robe souple avait un noir froissement comme aux graviers d’une allée.
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L’éclat pâle et poli des dalles déclinait sous la lune des noms dont sa mémoire n’avait guère envie de se souvenir à cause de l’amour qu’ils avaient jadis suscité.
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C’était comme la musique d’un instrument à archet, qui lancinante reviendrait à travers les frottements cristallins des dunes au désert, lorsque le vent léger souffle ce qui reste de rougeoiements du foyer.
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C’était comme si pour étouffer sa piste odorante, la beauté la recouvrait en jetant derrière elle un chemin de cendres à l’instar des villageois sur le verglas de nos glissades d’enfants.
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Dans le ciel d’insectes qui pleuvait à travers la clarté des réverbères, une dernière agitation lui rappelait combien il s’était éloigné de lui-même, et cependant il ne parvenait pas à se sentir perdu.
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De toutes les façons, grandir et s’engager dans les missions de la cité avaient été pour lui l’équivalent de s’associer à l’assassinat d’une étoile, pour lequel il n’est pas de pardon.
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« Comprenne qui pourra », disait-il, tandis qu’entre ses doigts osseux de longs ligaments de langage, empuantissant l’atmosphère d’un relent d’encens, partaient en fumée.
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