MIGRATION
Ils traversent la nuit – juste un froissement d’ailes ;
Juste un frisson obscur qui frôle les étoiles,
Juste un regret de ne pouvoir suivre vers d’autres cieux
Endormis déployés dans les hauteurs songeuses
Les grands navigateurs au plumage soyeux.
Nous, restés au pays du froid et des légendes,
Pour conjurer l’automne allumons quelques feux
De feuilles sèches dans les champs jaunes et silencieux.
Même les corbeaux noirs ont peur qu’on les entende,
Dirait-on. C’est comme si le vent couvait une guerre.
La pluie au cimetière arrose et polit les dalles
D’une usure luisante comme roches en bord de mer.
Les noms s’effacent sur la pierre. Pas dans le coeur.
Ce qui se grave au fond de nous avec le temps
S’écrit dans notre chair avec la force sacrée des rêves :
Force qui ressemble à la voix d’une femme aimée,
À ce moment où légèrement rauque et voilée,
Tandis qu’elle nous ouvre, avec le frisson généreux
De ses bras, l’amoureux frison de sa nudité,
Elle nous bouleverse.



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