Monobsédé
Être poète hélas c’est ne jamais pouvoir entièrement adhérer à la vie, car le langage est l’impalpable membrane de lucidité qui l’en sépare…
Parle-moi, ô Scribe, qu’en est-il de la solitude ? – Je dirais qu’elle est la compagne de chaque vie humaine. Nul ne peut se mettre réellement à la place de son prochain. Chaque individu est le centre d’un monde qui n’est superposable à aucun autre.
Par besoin frénétique d’une fraternité impossible, certains humains s’adonnent à l’illusion de la communication en collectivité, en cercles, en clubs, chapelles, sociétés qui ne fonctionnent qu’aussi longtemps que perdure le malentendu qui fonde meetings et grand’messes.
D’autres, conscients, s’appuient sur leur répugnance à l’hystérie pour imprimer au langage des tours qui sont des reflets significatifs de leur solitude et du monde qu’elle a engendré : ceux-là sont poètes. Ils savent qu’ils ne communiqueront rien, certes, hormis l’élan et la singularité qu’ils ont plus ou moins réussi à objectiver. Cela du moins suffit à changer la solitude muette, ordinaire, congénitale d’après naissance, à la découpler en solitude parlante et dialoguante, solitude adulte qui est à soi sa propre compagne…
Il se pourrait que là réside le germe de toute « oeuvre d’art ». Celui qui apporte aux productions humaines l’augment de la « Beauté ». De la préoccupante et fascinante Beauté sans chemins. La toujours lointaine, même assise sur nos genoux ! Celle qu’Arthur injuriait dans son désespoir illuminé.



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