1964 ou 2021 ?
Je sors pour une course La pluie redouble
C’est la fête à la grenouille Mais nul batracien
ne fréquente les caniveaux parisiens
Ne s’esquivent au fil du ruissellement
que papiers mouchoirs et masques bleus
Il paraît que l’épidémie redouble elle-aussi
Sous mon parapluie je coiffe des écouteurs
pour m’isoler en marchant avec Granados
et ses Goyescas mélancoliques car j’ai –
ainsi que mon défunt ami Jean Cassou –
l’Espagne au coeur Devant moi un homme
un jeune encapuchonné avance en titubant
Il traverse l’avenue au milieu des automobiles
sans accorder le moindre coup d’oeil aux feux
Je me demande avec un vague sentiment
de commisération accablée si ce mépris
pour sa vie est ivresse, inconscience ou
le sentiment vaguement punk de no future
Il m’arrive de songer en de telles occasions
à la période équivalente de mon existence
où je ne me voyais pas d’avenir Du reste –
à l’âge que j’ai – je ne m’en vois pas non plus



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