Drogues et deshérence
Une société en décadence qui ne propose qu’un présent de plus en plus médiocre et, pour les élites excepté, aucun avenir enthousiasmant, n’a pas à s’étonner que toute sa jeunesse verse dans les drogues et que s’installe partout l’équivalent du pays des Lotophages ! Supprimer les soucis et les souffrances de l’existence fut le but des idéologies européennes des derniers siècles, qui n’ont rien eu d’autre à proposer, aucun futur qui ferait supporter, par l’imagination et l’espoir, l’aléatoire cheminement vers d’une réussite qui étoile la vie. J’ai toujours été frappé, quand il m’arrivait d’aller dans des bidonvilles en Afrique, d’entendre, derrière les portes de planches de guingois, sous des tôles de récupération, en longeant des rues de terre battue ou de boue à peine sèche, d’entendre, disais-je, partout des rires et des plaisanteries, tandis qu’à midi sur de vieux foyers en terre cuite, des plats sommaires exhalaient d’humbles fumets de légumes, poissons, viandes divers, souvent inconnus de moi. Dans certaines situations où l’humanité se sait absolument précaire, le présent ne pouvant être pire, il n’est d’autre recours – les drogues tristes étant un luxe hors de portée – que d’espérer l’esprit allégé un plausible Meilleur.



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