Publié par : Xavier Bordes | 6 février 2025

L’éternel fantasme


L’éternel fantasme

Je veux rêver aujourd’hui        au divin rivage de poudre safran dont la courbe s’étire jusqu’à perte de vue        le long de la mer de porphyre vert        quand elle se retire en écumant pour reprendre élan        encore et encore inlassablement

Il y aurait de petites étoiles noires        surgissant par milliers du sable où        durant la nuit sans doute        leur chute du haut du ciel les avait enfouies        et les voici se carapatant pour que vivement les enlève le prochain retour de la vague

Bien entendu il règnerait dans les airs de mer        une odeur d’huître et de poissons volants        mêlée à l’oxygène du large        comme d’habitude la respirent les surfeurs acharnés des îles océaniennes        ou simplement les clients

devant l’étal du poissonnier au marché couvert        quand les beaux fuseaux d’argent sont si frais pêchés qu’ils s’arquent en ces spasmes        qui apitoient les enfants        à l’âge où l’on est si facilement troublé par la moindre vision d’agonie            

Et les homards bleu-noir dardent encore leurs antennes        tandis qu’à côté leurs yeux louchent au bout de doigts minuscules       et qu’ils s’escaladent les uns les autres carapace sur carapace        pinces en avant pour cisailler un invisible adversaire  

Bref en cet éden        évidemment imaginé pour fuir les horreurs contemporaines au-milieu desquelles        comme tout un chacun        l’on se débat        il faut ménager une forêt de palmiers qui essuie l’azur en balançant un léger chiffon de nuage

Puis compléter ce tableau        de la jolie présence d’Aïlenn        dans le simple appareil d’une beauté qui vient de nager au soleil et vêtue de son seul scintillement         s’agenouille sur la plage  sans ombres        pour tordre la flamme ruisselante de sa chevelure

À quels anges sourit-elle        de ce sourire au profil ailé comme celui des mouettes planant au-dessus des houles intranquilles        Sourire où le mystère de vivre et la joie d’aimer se conjuguent        tandis que ses fines mains jouent avec un pecten

(comme si l’artiste voulait nous signifier que ce lieu mental        et toutes les lointaines merveilles qu’il recèle        discrets animaux        oiseaux bifides et multicolores        géantes fleurs écarlates altérées de lumière        méritait un fréquent pèlerinage)     

 

 Août 2000-Janvier 2025




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